Une réussite sonore et esthétique prenant place dans le cinéma des années 70 qui nous  parle d’un film sans jamais nous le montrer. Un OCNI (Objet Cinématographique Non Identifié) primé et assez méconnu. Après cela vous ne regarderez plus jamais un film et un chou de la même façon. Berberian Sound Studio. Critique.

Gilderoy, un ingénieur du son britannique se rend en Italie pour réaliser la post-production d’un film d’un style particulier : The Equestrian Vortex. Ce film, nous n’en verrons que le générique. Seul élément rassurant en ce lieu inconnu ? Les lettres que le protagoniste reçoit d’une femme aimante. Malgré une ambiance inhospitalière, Gilderoy exprime son art… Mais ce travail pourrait signer sa descente aux enfers.

The Equestrian Vortex
The Equestrian Vortex – ©Wild Side Films / Le Pacte

S’il existait un genre cinématographique officiellement nommé « Inclassable » ou « OCNI », Berberian Sound Studio devrait très certainement en faire partie. Ce second film de Peter Strickland est une véritable mise en abyme du monde du cinéma qui nous fait nous pencher plus particulièrement sur la place du son dans une œuvre. Cet élément cinématographique parfois délaissé et dont on minimise les effets est ici au centre même de l’œuvre du réalisateur.

Son et tension

Le son est à la fois sujet et premier vecteur d’un climat de tension qui parcourt l’ensemble du film. Dès les premières secondes, il est possible de voir au générique un rappel quant à l’importance de l’acoustique dans le milieu cinématographique. Le doute place en permanence. Ce son étrange est-il issu du travail de Gilderoy pour The Equestrian Vortex ou est-ce un élément sonore participant de Berberian Sound Studio seulement ? Ce doute permanent, cette interpénétration de l’œuvre de Peter Strickland et de celle dont il parle crée une sensation oppressante chez les spectateur. Ce sentiment d’inquiétante étrangeté est grandissant toute la durée de l’œuvre. Le son permet à Peter Strickland de semer, dans un premier temps, le doute entre le réel et l’onirique et il semble impossible de ne pas penser en ce sens au travail de David Lynch en regardant Berberian Sound Studio.

De l’importance du « Silenzio »

Mais bien plus encore, cette omniprésence du son permet de rétablir l’importance des silences au cinéma et dans le milieu musical. Les apparitions de ce néon rouge indiquant « Silenzio » viennent entrecouper le film.

SILENZIO
Silenzio – ©Wild Side Films / Le Pacte

Ces apparitions uniquement visuelles, sans aucun son d’accompagnement, déstabilisent en permanence le spectateur et ces quelques plans ne font qu’accentuer la présence de la bande sonore partout ailleurs. Le son instille donc un nouveau doute et l’on ne sait plus si l’on est dans le rêve, le réel ou si Gilderoy est tout simplement devenu fou.

L’harmonie cinématographique

Mais cette tension, ces doutes disséminés par le réalisateur proviennent également d’un montage déstabilisant. Se succéderont des scènes lentes, entrecoupées de scènes plus saccadées, par exemple ou bien des scènes construites sur un effet d’analogie entre ce qui nous est montrée et le mouvement de la caméra qui suggère une forme d’harmonie du cinéma. On peut en ce sens relever la scène zoomant sur les feuilles de travail de Gilderoy où se trouve inscrit « Monica s’écrase au sol ». La caméra dans le même temps exécute le mouvement dont il est question dans les notes du protagoniste, celui de la chute. Strickland use aussi de manière volontaire de plans anormalement longs. Il en est ainsi des plans sur des bacs de légumes pourris – utilisé parce ce génie du son pour doubler The Equestrian Vortex – qui durent inhabituellement longtemps ce qui vient accentuer un malaise déjà bien présent grâce au casting de Peter Strickland.

Un casting convaincant

Il est également possible de relever la performance de ces acteurs qui font régner un climat d’hostilité et de crainte quasi-permanent chez Gilderoy et par conséquent chez le spectateur. Gilderoy est, tout comme nous, spectateur dans ce studio puisqu’il ne saisit pas toutes les subtilités de la langue italienne dans laquelle les autres personnages s’expriment la plupart du temps.

Un casting convaincant
Un casting convaincant qui crée le malaise – ©Wild Side Films / Le Pacte

S’il fallait émettre un seul regret, ce serait celui que tant de textes nous soient traduis. Pour nous plonger complètement dans la même situation que Gilderoy il aurait semblé intéressant de ne pas traduire ou seulement partiellement les conversations en italien afin de ressentir la même frustration face à des scènes qui nous seraient devenues à la fois étrangères et étranges.

 

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