En 2007, Pierre Bordage publiait Porteurs d’âmes. Un livre de science-fiction éclectique preuve que la littérature de l’imaginaire en France est loin d’être morte.

Porteurs d’âmes nous raconte trois histoires simultanément. Celle de Léonie, jeune Libérienne réduite à la prostitution dès son plus jeune âge qui parvient enfin à s’enfuir des griffes de ses tortionnaires. Celle de Cyrian, jeune étudiant prêt à tout pour intégrer la confrérie secrète des Titans et vivre une expérience scientifique digne des plus grandes histoires de science-fiction. Mais aussi celle d’Edmé, un inspecteur de la crim’ blasé. Jusque-là, un scénario qui n’a rien d’exceptionnel… Et pourtant.

Une écriture prenante

Dès les premières pages de ce roman, le lecteur est contre toute attente pris dans l’histoire qui lui est racontée. Ce scénario qui semblait ne rien avoir d’exceptionnel prend forme et les personnages créés par Pierre Bordage lui insufflent de la vie. Chaque chapitre raconte l’histoire d’un des personnages – celle de Léonie, puis celle de Cyrian et enfin celle d’Edmé – avec une réelle volonté de réalisme.

« Je suppose que vous savez où aller… » Elle n’en avait aucune idée. Pas question de retourner chez le copain de Tania, […] pas question de revenir au squat […]. Il restait une solution, le palais de carton d’Anselme. Elle prit la direction de la demeure d’Anselme […]. La ville était à l’image de Léonie, perdue dans les ténèbres. Tout comme la cour d’immeuble, qu’elle traversa avec prudence.

Ainsi Pierre Bordage modèle son écriture en fonction des personnages dont il est en train de nous parler. Le lecteur passe ainsi de la voix de la fragile Léonie qui évoque son présent et son passé de manière crue à celle de Cyrian, jeune homme influençable à la découverte des autres et de lui-même. Enfin, il suit l’enquête policière menée par le très cynique inspecteur de la crim’ : Edmé. C’est donc avec plaisir que l’on se laisse porter à travers les différentes visions du monde que nous offre à voir Pierre Bordage.

Un livre éclectique

Ce qui fait la particularité de Porteurs d’âmes, c’est aussi les différents genres qu’il regroupe. Mélangez une  cuillère à soupe de policier, ajoutez-y une pincée de science-fiction et quelques grammes de romance et vous arriverez au mélange parfait que représente Porteurs d’âmes. Un livre donc bien complet qui satisfera tous les amateurs de ces trois genres littéraires. Néanmoins, un genre semble être plus présent que les deux autres : le policier.

Edmé consulta son téléphone portable. 8h20, vingt minutes de temps supplémentaire, merde, il avait passé une nuit cauchemardesque au quai des Orfèvres, l’une de ces nuits où le sommeil s’agrippe à vos cheveux, à vos os, à vos cellules, et où le café, le tabac et l’ennui vous maintiennent des heures durant dans une torpeur hallucinée.

On en retrouve tous les codes à travers les passages qui relatent les événements liés à Edmé, l’inspecteur de la crim’ sur une affaire pour le moins inquiétante qui se déroule au bord de la Marne, sur l’île des Loups.

Entre l’essoufflement et le prévisible

Malheureusement si la lecture de Porteurs d’âmes est pour le moins agréable les 350 premières pages, on ressent quelques longueurs. Le suspens n’a plus lieu d’être et le lecteur aura déjà compris 100 pages avant la fin comment tout cela va se terminer. L’écriture de Pierre Bordage reste tout autant agréable mais l’histoire s’essouffle et le roman aurait mérité d’être un peu plus court. Pour ce qui est du dénouement final, il ne surprendra pas vraiment et est assez prévisible ce qui est regrettable. Amateurs d’histoires qui finissent bien, vous serez servis avec ce roman.

Porteurs d’âmes est un livre qui explore plusieurs genres littéraires. Pierre Bordage y maintient tout le long une écriture très souple et agréable qui nous rend les personnages plus réels et familiers faisant naître en nous un réel sentiment de compassion. Il comporte quelques longueurs et sa fin assez prévisible peut, malgré la qualité générale du roman, décevoir. Pierre Bordage nous livre néanmoins un livre plutôt sympathique qui redonne espoir en la SF sauce frenchie.


Cet article a été écrit dans le cadre du Challenge ABC Imaginaire.

ABCImaginaire2018

Organisé par la blogueuse littéraire MarieJuliet. Le principe en est simple :

Lire 26 livres entre le 1er janvier et le 31 décembre 2018, en respectant le principe « une lettre, un auteur ». Il faut choisir un auteur de l’Imaginaire (Fantasy, fantastique, Science-Fiction, Bit-lit, Dystopie, Steampunk,… etc.) pour chaque lettre de l’alphabet.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s