Quelques jours seulement avant Noël 2017, The Florida Project sortait dans les salles en France. Un joli cadeau que nous a fait là Sean Baker, son réalisateur.

The Florida Project c’est l’histoire banale de Moonee et de sa maman, Halley. Moonee a 6 ans et a l’esprit rempli de bêtises à faire avec ses copains du motel dans lequel elle vit. Pendant ce temps, Halley essaye comme elle peut de payer son loyer et de survivre dans cette banlieue proche de Disneyland.

Une Amérique désenchantée

Avec ce film, Sean Baker met en scène une Amérique pleine de désillusions. Cette Amérique qui ne croit plus en L’American Dream. Cette Amérique qui peine à boucler les fins de mois. Cette Amérique qui fume la vie pour qu’elle soit plus courte. Cette dure réalité se heurte aux décors acidulés qui correspondent assez bien à l’image pleine d’excentricité que l’on se fait des États-Unis.

The Florida Project 1 - ©Le Pacte

Une nation rêvée mais qui comporte aussi son lot de déchus qui se battent chaque jour pour survivre, à quelques kilomètres seulement de Disneyland. Visuellement, Sean Baker nous livre un film remarquable et crée un contraste permanent entre les faits et les lieux dans lesquels ils se déroulent. Un fort contraste est également dépeint entre les habitants du motel et les autres personnages. Personne ne semble comprendre leur vie. Les touristes viennent ici pour Disneyland qui incarne le rêve à l’américaine et ne comprennent pas ces gens qui se nourrissent parfois grâce à des aides caritatives. Cachez cette pauvreté que je ne saurais voir !

Enfants dans un monde enfantin

Dans ce décor enfantin, le réalisateur nous fait suivre le quotidien de Moonee, une fillette de 6 ans plutôt du type sale gosse. Moonee est farceuse et déjà si jeune semble avoir compris un bon nombre de choses sur la vie. Elle possède un sens aigüe des notions d’argent, de sexualité et de violence. Elle semble avoir perdue cette forme d’innocence liée à l’enfance et pourtant continue de vivre sa vie avec ses copains au sein du motel. Elle rêve d’or au bout de l’arc-en-ciel et est prête à tabasser le Leprechaun qui se trouve en son bout.

The Florida Project - ©Le Pacte

Sean Baker par le biais de l’image et des dialogues ne cesse de nous rappeler que malgré la vie qu’elle mène, Moonee reste une enfant. Il en est de même de sa mère, Halley, une jeune femme assez irresponsable qui s’apparente plus à une copine qu’à une mère – avec le lot d’interdictions qui vont avec -. Elle a perdu le contrôle de sa vie qui se résumerait facilement en trois mots : pyjama, weed et sexe. Mais le personnage de Halley n’en reste pas moins attachant. Infantilisée par Bobby, le gérant protecteur, elle devient à son tour une enfant aux yeux du spectateur.

Un casting remarquable

Ce qui fait aussi la grande réussite de The Florida Project c’est son casting exceptionnel. Composé de beaucoup d’acteurs méconnus, il se révèle très convaincant et dépeint avec crudité la réalité des banlieues américaines. Brooklyn Prince, la jeune actrice qui joue le rôle de Moonee est, à ce titre, une véritable révélation. Parfaite dans son rôle d’enfant farceur, elle n’en est pas moins attachante.

The Florida Project 4 - ©Le Pacte

Son jeu est touchant de sincérité et pour les plus émotifs d’entre vous, elle parviendra peut-être même à vous tirer une larme. Une jeune actrice à surveiller de près. Nous devrions à nouveau entendre parler d’elle dans les années à venir. Nous noterons également la performance de Willem Defoe qui joue à merveille le rôle du gardien paternaliste protecteur mais qui n’en reste pas moins indulgent. Vraiment, très attachant.

Une fiction documentaire

Avec The Florida Project, Sean Baker réalise un quasi documentaire. Certes, l’histoire n’est pas inspirée de faits réels. Mais la sincérité des acteurs mêlée à l’absence de bande son extra-diégétique met en évidence une réelle volonté de réaliser un film usant des codes du documentaire.

The Florida Project 3 - ©Le Pacte

À la façon de The We and The I sorti en 2012, ce film est fortement réaliste et le réalisateur partage avec le spectateur une histoire qui, on le sait, pourrait être plausible. Une sorte de fiction documentaire sur cette première année du mandat de Donald Trump. Une façon de montrer ces déchus qui ont perdu tout espoir de rendre l’Amérique belle et puissante à nouveau.

Avec The Florida Project, Sean Baker signe un des meilleurs films de l’année 2017. Un film qui déclare la mort de l’American dream mais qui se termine malgré tout sur une note d’espoir et d’insouciance. Un film qui incarne à lui seul la première année du mandat de Donald Trump.

11 commentaires sur « The Florida Project : la mort de l’American dream »

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