Fin janvier 2018, Ghostland de Pascal Laugier était encensé au Festival international du film Fantastique de Gérardmer. Mais que vaut vraiment le dernier film du réalisateur de Martyrs ?

Colleen et ses deux filles, Beth et Vera emménagent dans la maison d’une vieille tante tout juste décédée. Perdues au fin fond de la campagne, elles vont bientôt plonger dans l’horreur lorsque des meurtriers pénètrent dans l’inquiétante demeure.

Une plongée immédiate dans l’horreur

À l’inverse des films d’horreur prenant leur temps pour exposer une situation pourtant simple voire simpliste parfois, Pascal Laugier, lui, nous plonge dans l’horreur de manière immédiate. Le décor est tout juste posée que déjà les ennuis commencent pour notre petite famille. Avec brutalité, les meurtriers semblent prendre possession des lieux plongeant les deux adolescentes et leur mère dans une peur tétanisante.

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Ghostland – ©MarsFilms

De l’autre côté de l’écran, assis sur nos fauteuils de cinéma, nous nous crispons également. Le réalisateur introduit des agresseurs profondément dérangeants et inquiétants avec lesquels nous allons devoir passer encore 1h10 environ. La séance de cinéma s’annonce stressante. Les actrices principales sont remarquables et nous noterons le talent de la jeune Emilia Jones très convaincante dans le rôle de Beth mais aussi de Taylor Hickson qui incarne, elle, Vera. Elles parviennent à transmettre au spectateur la peur qui semble presque les parcourir réellement. À noter également la présence assez surprenante de Mylène Farmer dans le rôle de la mère des deux adolescentes. Passé l’étonnement, on découvre une actrice à part entière qui ne dénote pas dans ce casting plutôt réussi.

De l’influence du jeu vidéo

Que ce soit avec le personnage de « Fat Man » joué par Rob Archer ou encore le décor oppressant et labyrinthique dans lequel les personnages évoluent, on sent dans la mise en scène de Pascal Laugier l’influence du jeu vidéo. Parcourant la cave pleine de bric-à-brac, essayant de se cacher, de couloirs en couloirs, on ressent la panique vécue par les sœurs Keller comme si on y était. Des décors très détaillés et des personnages archétypaux – l’homme obèse brutal et inquiétant – qui devraient vous rappeler des jeux vidéo horrifiques tels que The Evil Within, Silent Hill ou Outlast par exemple.

Jeux vidéo et Ghostland
The Evil Within, Resident Evil 5, Outlast, Ghostland – ©Bethesda Softworks/©JacobCharlesDietz/©Red Barrels/©MarsFilms

Enfermées dans cette maison, Vera et Beth sont telles le joueur essayant de se sauver en prenant le bon chemin. Malheureusement leur chemin sera fait de portes fermées et de culs de sacs dont on ne réchappe qu’en se prenant quelques coups de l’ennemi. Une seule solution, se cacher, fuir le danger. En attendant la prochaine fois où les meurtriers parviendront à les localiser. Comme dans un jeu de survival horror elles devront essayer de survivre pour ne pas subir les atrocités de leurs agresseurs.

Une certaines tradition horrifique

On trouvera dans Ghostland des clins d’œil fait de-ci de-là à des classiques du cinéma d’horreur mais malheureusement, on relèvera l’aspect assez prévisible du film. Si sa mise en scène reste assez remarquable dans ce qu’elle propose, on ne peut pas en dire de même du déroulement narratif qui est assez attendu finalement. Compliqué de faire dans l’originalité dans un genre cinématographique aussi codé me direz-vous. Eh bien oui mais la prévisibilité de Ghostland va au-delà du scénario bien rodé et bien ficelé. En effet, les thématiques du film sont elles aussi déjà vues et revues dans le genre horrifique. On retrouvera dans Ghostland la thématique des poupées – pédiophobes, s’abstenir -, des meurtriers à la limite de la folie, de la maison en plein milieu de la campagne où personne ne vous entendra crier, …

Ghostland - ©MarsFilms
Ghostland – ©MarsFilms

En bref, beaucoup de thèmes sont des thèmes récurrents du genre horrifique. Mais là n’est pas vraiment le problème. Le problème réside en l’association faites entre le scénario attendu et les thématiques récurrentes. En effet, l’addition des deux phénomènes donne un résultat assez décevant. Si les thématiques déjà vues étaient employées de façon différente : filmées sous un angle nouveau ou permettant d’introduire un retournement de situation étonnant, cela ne poserait pas problème. Mais Pascal Laugier signe ici un film où les thématiques clichés sont traités de manière peu originale. On se retrouve donc avec des jumpscare un peu faciles qui créent certes une certaines tension mais pas de peur profonde chez le spectateur. Et ça, c’est dommage.

 

Avec Ghostland, Pascal Laugier nous livre un film qui nous plonge dans une horreur immédiate dont on ne ressort pas pendant 1h20. Doté d’une mise en scène originale en forme de clin d’œil au monde du jeu vidéo, Ghostland reste malgré tout un film d’horreur assez lambda dans sa façon d’aborder la peur. Ne créant pas de peur profonde, le réalisateur a tendance à jouer avec les nerfs du spectateur avec des jumpscare parfois un peu simples. Mais Ghostland reste malgré tout un film d’horreur très efficace grâce à des agresseurs brutaux faisant subir les pires sévices à leurs victimes et qui font, par conséquent froid dans le dos. Avec Ghostland, Pascal Laugier crée une véritable ambiance oppressante. Amateurs de films où la tension règne, vous serez servis.

 

 

8 commentaires sur « Ghostland : Entre innovation et tradition horrifique »

  1. Je partage ton avis sur le côté déjà vu des ficelles horrifique. Cependant, je pense que Laugier ne cherche pas à faire peur de manière classique. Au final, ce qui peut faire peur c’est la brutalité de la chose. À l’image de Martyrs qui est horrible au niveau psychologique 🙂

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  2. C’est justement pour ça que les jumpscare poupées me gênent. Ils sont assez redondant et n’ajoute aucune peur! Il aurait dû accentuer sur le psychologique à mon goût! J’en attendais peut être trop d’un film primé à Gerardmer j’pense ahaha

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  3. Etant assez fan du travail de Laugier (notamment avec l’éprouvant Martyrs et l’entêtant psy Saint Ange), j’ai bien hâte de pouvoir m’atteler à ce film (bon faut juste que j’attende sa sortie en DVD parce que je suis une flipette et aller au ciné c’est pô possible ^^). Tu me donnes encore plus envie, en parlant de l’influence esthétique et schématique des jeux vidéos (ceux que tu cites sont mes fav dans l’horrifique). Bref, y a d’la hâte je ne te le cache pas x)

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  4. Aaaah oui au ciné le film est assez efficace par contre! J’pense que de chez toi l’effet sera assez moindre par contre du coup, c’est un film à voir au ciné si on veut avoir peur (pas ton cas, t’inquiète pas Mimine 🐹)
    Hâte de voir ton avis et si toi aussi tu as ressentie l’influence des JV dont je parle dans la mise en scène et certaines persos 🙂

    Aimé par 1 personne

  5. Ah mais même si je l’avais voulu (aller le voir au ciné), si j’avais eu les cojones, ce n’était pas possible, le film n’étant pas distribué au centre ville, que dans les zones commerciales. Oui oui j’habite dans l’une des plus grandes villes de France et les cinémas de centre sont pourraves… #diversitéculturelleBONJOUR

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