Auteur indépendant français, Philippe Mangion publie son quatrième roman Le Projet Traumaless début 2018. Un roman de Science-Fiction dans lequel la science prépondère, qu’elle soit humaine et sociale ou science exacte.

À la naissance de la société Brain Corp., le Dr. Kaufman est employé comme psychologue. Comme tous les autres psychologues employés il touchera 30.000 euros en l’échange de son expertise au sujet de trois patients. Trois patients pas comme les autres. Trois patients sur lesquels aura été testé le projet Traumaless. Trois patients dont les traumatismes auront été effacés par une technologie neurologique de pointe. Mais ce projet ne semble pas être sans danger pour leurs affects…

Des personnages entiers

C’est la première chose que l’on remarque à la lecture des trente premières pages du roman. Philippe Mangion fait avec ses personnages un réel effort d’écriture. Leur donner un caractère, un objectif et un aspect physique ne suffit pas à l’auteur français. Pour mieux comprendre leur arrivée volontaire dans ce projet, il faut comprendre le passé. Ainsi, Philippe Mangion n’hésite pas à nous plonger dans les histoires personnelles des trois patients du Dr. Kaufman. Tous trois ont leur passé, leurs blessures et leurs ambitions. Tous trois ont leur originalité qui parfois touche au stéréotype. Agnès l’artiste, Victor, le petit génie de l’informatique et Mehdi, un roublard débrouillard qui rêve de grandeur.

Mehdi, mon chouchou parmi les mutants, fils de personne et maître de tous. […] Agnès la talentueuse, abîmée par des parents catholiques et tarés qui l’auraient offerte au premier curé pédophile normand […].
Victor, […] le surdoué, diagnostiqué enfant autiste Asperger, poursuivant une hypothétique théorie de la connaissance dans le siphon abyssal de ses réflexions.

Là où ils deviennent intéressants, c’est dans la relation qu’ils entretiennent avec le Dr. Kaufman. Tel un père pour ses propres enfants, on ressent toute l’affection du psychologue pour ses patients. Il nous fait un portrait touchant de ceux qu’il appelle « ses mutants » et il devient un personnage vraiment attachant grâce à son attachement pour eux. Philippe Mangion essaye donc avec ce quatrième roman de donner une réelle profondeur à ses personnages qui sont, au final assez attachants et convaincants malgré leur aspect initial assez stéréotypique. Formant un groupe uni, ils vont ensemble changer le cours de l’histoire telle qu’elle aurait dû se dérouler après la naissance de la société Brain Corp. et du projet Traumaless.

L’appartement de Michaël Singh est l’œuvre d’un décorateur qui a forcé sur l’ameublement ethnique de luxe. Tout est froid, épais, sans âme. Les masques sont dépossédés de leur pouvoir sacré, les bois précieux échoués sur une moquette immaculée. L’immense table, d’un seul cœur, a coûté le sacrifice d’un ébénier. Une musique d’ambiance diffusée en sourdine, composition d’écoulement d’eau et de bruissement de feuilles, ajoute à l’ostentatoire et surtout au ridicule.

Par-delà cela, nous relèverons les quelques traits d’esprit savamment disséminés dans l’œuvre de Philippe Mangion. Un certain cynisme parcourt Le Projet Traumaless donnant naissance à des extraits descriptifs ou des dialogues de qualité. Des passages qui devraient faire sourire le lecteur et détendre une atmosphère parfois lourde aux enjeux complexes.

La science est reine

Le Projet Traumaless est un roman de Science-fiction ou la science semble parfois prendre le pas sur la fiction. Avec un début de roman assez fluide doté d’une écriture simple et agréable, Le Projet Traumaless donne au lecteur l’envie de poursuivre dans sa lancée. De lire ce court roman d’une traite. Malheureusement cette sensation ne perdure pas longtemps et les moments d’action du roman sont entrecoupés de passages très scientifiques qui parfois ralentissent grandement la lecture. Philippe Mangion nous parle de psychologie, mais pas seulement. Ethnologie, sociologie, neurologie et mathématiques appliqués à l’informatique côtoient cette discipline pour offrir au lecteur une pleine compréhension des conséquences des actions de nos personnages sur la société et sur le fonctionnement interne des cobayes. Des disciplines pointues qui parfois laissent le lecteur sur le bas côté selon sa propre culture et ses propres connaissances.

Justement, j’ai trouvé un biais qui ramène cette complexité à celle de fonctions polynomiales, rétorque Victor. Et bingo, c’est pile le sujet avec lequel vous avez obtenu la médaille Fields. Je souhaiterais qu’ensemble nous prouvions que le problème tel que je le pose, s’appuyant sur la logique propositionnelle et utilisable dans un système d’apprentissage, est NP-Complet. Cela signifie que l’algorithme correspondant peut s’exécuter en un temps raisonnable, précise-t-il à l’adresse des autres.

Au-delà de l’aspect complexe de certains passages, on ne passe pas à côté des questionnements principaux liés à l’utilisation d’une telle technologie sur l’espèce humaine. Philippe Mangion nous donne à voir une forme de post-humanisme qui nous fait nous poser inévitablement la question éthique face à des projets scientifiques d’une telle ampleur.

Avec ce quatrième roman, Philippe Mangion offre au lecteur des personnages vraiment travaillés. Des personnages avec des personnalités très fortes auxquels nous nous attachons très facilement. Avec une intrigue prenante et originale, l’histoire de Philippe Mangion saura sans aucun doute vous intéresser mais comporte malgré tout des longueurs lorsque l’on en vient à des explications scientifiques parfois complexes. L’éthique, le post-humanisme, l’amitié et le complot sont les quatre grands thèmes qu’il aborde avec maîtrise mais peut-on qualifier ce roman de réaliste ?
Certaines critiques reprochaient au Projet Traumaless son manque de réalisme. Impossible à dire à moins d’être soi-même un expert dans les disciplines dont il est question. Mais finalement, avec la fiction, le plaisir n’est-il pas ailleurs ? Dans la création d’un univers et d’enjeux spécifiques plutôt que dans le réalisme des propos tenus ? Qu’il soit scientifiquement réaliste ou non, qu’importe. L’important est de faire voyager son lecteur, pas de lui expliquer chaque élément de l’histoire comme engrenage d’un mécanisme biologique ou neurologique complexe.


Pour une totale transparence : Alberte a reçu ce livre en Service Presse via le site SimPlement qui met en lien lecteurs/rédacteurs/blogueurs/journalistes et auteurs/maisons d’éditions.
Merci à Philippe Mangion de nous avoir permis de découvrir ce livre.

2 commentaires sur « Le Projet Traumaless : entre recherche du vrai et digressions scientifiques »

  1. Ca a l’air bien intéressant ! L’idée me fait un peu penser à « Tout n’est pas perdu » de Wendy Walker, il y a aussi une réflexion sur le fait de trafiquer la mémoire pour oublier des événements traumatisants, et les conséquences que ça peut avoir… Bref, ça m’a l’air bien sympa, merci pour la découverte ^^

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