Ce 7 juin 2018, Geste Éditions, publiera sous son nouveau label SNAG Fictions un livre de Nicolas Bouchard : Éclaircir les ténèbres. Une nouvelle œuvre de l’auteur de la saga L’Empire de poussière qui devrait bientôt devenir incontournable.

La vallée d’Ouraos, située dans les campagnes enchantées du Jura semble avoir mystérieusement disparue. Recrutés dans le Paris du XVIIème siècle par le cardinal de Richelieu, quatre hommes sont choisis pour combattre les ténèbres. Mais un cinquième homme est à son tour sélectionné pour un talent tout autre. Un philosophe et ex-mercenaire qui pourrait bien par ses réflexions et son expérience de la vie aider nos quatre héros dans leur combat : René Descartes.

Une épopée instructive

Au cœur du récit de Nicolas Bouchard se trouve un pan de l’histoire française que l’on connaît peu. L’histoire qui nous est contée se déroule lors de la Guerre de Dix Ans ou Guerre de la Franche-Comté. Conflit lors duquel nombreux auront été les belligérants dont l’objectif commun était simple : récupérer le territoire franc-comtois. De sa plume simple et percutante, l’auteur parvient à nous faire comprendre une partie de cet événement pourtant complexe.

Issu d’une région montagnarde et reculée, Hugues n’avait connu les embarras de Paris qu’à l’âge adulte et n’était pas parvenu à s’habituer au tumulte et à la saleté qui régnait partout dans ces venelles puantes. Des dizaines de carrioles branlantes, chargées de marchandises les plus variées encombraient la rue et lui coupaient le passage. […] Les commerçants, voyant sa fière allure, l’interpellaient. Il les ignorait préférant porter son attention sur les vases de nuit qu’on vidait au petit bonheur sur la foule des passants et sur […] les briques que les maçons […] ne se gênaient pas pour laisser tomber sur la tête des malheureux qui ne se garaient pas assez vite.

Il nous plonge au cœur d’un combat sanglant prenant lieu dans le comté d’Ouraos. Il attise notre curiosité et nous donne ainsi envie d’en savoir plus sur ce conflit que l’on connaît peu à l’échelle nationale. Dans cette véritable épopée il évoque les réalités de l’époque dans les provinces mais également dans la capitale. Il dépeint la pauvreté et la crasse qui faisaient le Paris de cette époque pour une reconstitution qui semble assez juste de la vie des Français au XVIIème siècle. Éclaircir les ténèbres c’est donc du réalisme mais aussi de l’action. Et la fantasy dans tout ça ?

Une œuvre de fantasy qui prend son temps

Dans Éclaircir les ténèbres, la fantasy se dévoile par touches et enveloppe un contexte historique fort qui prime sans créer l’ennui chez le lecteur. Comptez bien 150 pages avant de voir apparaître les premières créatures fantastiques du type esprits de la forêt ou autres griffons. Mais étonnamment, le roman n’en est pas pour autant décevant. L’auteur prend le temps de poser un cadre à son histoire qui s’appuie sur des personnages forts et attachants. Nicolas Bouchard crée au fil des pages une sorte de mythologie régionale.

Tous morts. Certains racontent qu’elle a emmené la malheureuse à cheval sur un balai, d’autres que la fille s’est réveillée et qu’elle a rejoint le démon. Tout le monde l’ignore. Depuis cette nuit, le brouillard recouvre la vallée. On ne voit plus les étoiles. Je me suis réfugié là pour échapper aux monstres au service de la sorcière qui pourchassent les braves gens. […] Les pires, ce sont ces femmes immondes avec des pattes d’oie ou des pieds de chèvre. Il y a aussi des bûcherons : mi-homme, mi-arbres, mi-rochers, armés de haches.

La sorcière Frigg, les animaux dignes d’un bestiaire du XVIIème siècle et l’ambiance occulte participent à la création d’une légende locale fictionnelle qui tient le lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages. Si vous avez aimé l’ambiance des désormais cultes Lames du Cardinal de Pierre Pevel, vous devriez apprécier celle d’Éclaircir les ténèbres.

Une écriture réfléchie

Si à l’initial, l’histoire que tisse Nicolas Bouchard paraît fouillis, par la suite les choses se mettent lentement en ordre. À l’image de nos personnages qui vont éclaircir les ténèbres, l’histoire devient de plus en plus claire au fil des pages pour finalement nous être pleinement livrée. On alterne entre le présent de nos héros et les flash-back pour un tout qui peu paraître anarchique au premier abord mais qui finit toujours par convaincre. Romance, cape et d’épée, fantastique, Nicolas Bouchard mélange les genres avec habileté et séduit le lecteur en ajoutant parfois une petite touche d’humour à son récit.

Descartes renifla. L’intérieur confiné du navire sentait le médicament, la merde et la mort.

En parallèle à cela, il nous fait également suivre le chemin des anti-héros. Un procédé courant dans la fantasy mais qui marche toujours aussi bien puisqu’il donne une vue d’ensemble du champ de bataille qu’est ce roman. Au final, nous est livré un tout assez convaincant qui est fait du présent ténébreux des héros, de l’avenir incertain de la vallée et des souvenirs dont on ressent les effets encore actuellement.

Une pensée philosophique

Mais ne l’oublions pas, ce qui fait un peu la spécificité de ce roman c’est aussi la présence de René Descartes. Un personnage surprenant qui trouve tout à fait sa place au sein du récit pour au final devenir le quasi-protagoniste de l’histoire. Comme un Sherlock Holmes sous l’Ancien régime, il use de ses intuitions et de son sens de l’observation pour venir en aide aux quatre héros dans leur quête. L’auteur en profite pour nous transmettre les réflexions du philosophe et sa vision de la vie.

Descartes contemplait le spectacle, stupéfait. Il connaissait la guerre. Il avait assisté à de nombreux combats. Mais là, il se trouvait face à une bataille quasi mythologique : lapithes contre centaures, dieux de l’Olympe contre les titans…

Chaque chapitre débute ainsi par une citation de l’œuvre de René Descartes et nous donne un avant-goût des questionnements que pourront soulever ledit chapitre. Instructif sur l’histoire de la France donc, mais pas seulement puisqu’il nous donne franchement envie de mieux comprendre la pensée de Descartes. Pour celles et ceux qui ont aimé Les mots entre mes mains de Guinevere Glasfurd – qui nous parle de la relation entretenue par Descartes avec sa servante à Amsterdam – vous aimerez peut-être aussi Éclaircir les ténèbres qui nous donne à voir René Descartes sous un angle bien différent.

Nicolas Bouchard nous livre avec Éclaircir les ténèbres une œuvre de fantasy maîtrisée et instructive qui nous en apprend plus sur la pensée et la vie de Descartes mais aussi sur l’histoire de nos régions. Œuvre de fantasy douce, elle se distingue par son ambiance particulière, savant mélange d’éléments fantastiques et historiques. Un nouveau récit convaincant pour un auteur qui n’en est pas à son coup d’essai.

3 commentaires sur « Éclaircir les ténèbres : l’épopée fantasy de Nicolas Bouchard »

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