Publiée aux éditions l’Iconoclaste fin août, Adeline Dieudonné nous offre avec La vraie vie une des perles de cette rentrée littéraire.

La Bruxelloise frappe fort avec ce premier roman qui aborde la question des violences familiales. Sélectionnée par le jury du Prix Renaudot il y a quelques jours seulement, La vraie vie est un premier livre prometteur. Adeline Dieudonné ? Une autrice à suivre.

C’est l’histoire d’une famille. Mais surtout celle d’un frère et une sœur qui, ensemble tentent d’échapper à la violence du foyer dans lequel ils grandissent. Un jour, un événement va faire basculer leurs vies. Peu à peu la jeune fille se retrouve seule contre tous mais essaye désespérément de sauver Gilles, son frère.

Un style laconique et efficace

C’est par la voix de la jeune protagoniste que nous faisons notre entrée dans cette histoire. Nous ne connaîtrons jamais son nom, seulement celui de son frère, Gilles, qui compte pour elle plus que tout au monde. D’un style direct et laconique, Adeline Dieudonné parvient à nous faire ressentir l’aspect glaçant de cette vie de famille. Un père violent, une mère « amibe » et un petit frère qui, du jour au lendemain, va perdre cette innocence qui jusque-là l’avait un peu préservée de la violence du quotidien. De manière très juste, elle évoque le quotidien avec parfois une pointe de cynisme qui rend la lecture un peu plus légère.

« […] chez nous, les repas familiaux ressemblaient à une punition, un grand verre de pisse qu’on devait boire quotidiennement. »

Mais malgré tout, La vraie vie reste un livre à ne pas placer entre toutes les mains, ne nous le cachons pas.

De la cruauté du monde

Personne ne s’attend ici à lire un livre léger, effectivement. Qui dit violences familiales dit scènes difficilement supportables à imaginer, parfois. Ne vous fiez pas au calme du quartier résidentiel dans lequel vit cette famille, ici chaque élément peut être propice à des scènes dures. Des scènes que la protagoniste s’imagine ou des scènes bien réelles. On vogue toujours avec ce roman entre le réel et le symbolique. Et la chair, qu’elle soit animale ou humaine, reste omniprésente.

« De maison moche en maison moche, nos espoirs s’amenuisaient. Je commençais à imaginer ma pauvre chienne écrasée sur le bas-côté d’une route de campagne ou dévorée par un renard. »

Chaque personnage en revient presque à l’état animal. L’un est un félin qui rôde, prêt à se saisir de sa proie. L’autre, l’animal apeuré qui se cache ou essaye en vain de se fondre dans le paysage, de se camoufler. Avec beaucoup de réalisme, l’autrice dépeint les sentiments et les craintes du personnage principal qui, malgré son jeune âge, comprend très bien le monde des adultes et les dangers qu’il y encoure.

Quête de soi et fuite de l’autre

La vraie vie c’est aussi un roman initiatique. Au fil des pages, les années passent et la jeune protagoniste tente de s’éloigner de son entourage néfaste. La quête de soi qui est aussi une tentative de fuir le père, véritable prédateur. La découverte des choses de la vraie vie se fait donc en cachette, pour ne pas éveiller ses soupçons. La protagoniste attend de pouvoir vivre sa vraie vie. Attend le commencement.

« J’ai toujours aimé les préparatifs de la rentrée. L’odeur des cahiers neufs, des crayons, de la gomme, les intercalaires, la liste qu’on coche au fur et à mesure, les choses qu’on possède pour la première fois (cette année-là, je découvrais avec bonheur le compas). J’aimais tout ce qui avait trait au commencement. »

Grâce à la plume crue et froide d’Adeline Dieudonné, vous ressentirez vous aussi la peur si palpable de la protagoniste à chaque nouveau coup d’éclat du patriarche. L’autrice nous offre un final qui n’est pas surprenant mais qui satisfera le lecteur à tous les coups.

Avec ce premier roman, Adeline Dieudonné signe une œuvre glaçante de réalisme. Ce livre n’est cependant pas à mettre entre toutes les mains. Alberte n’est pas d’accord avec l’Iconoclaste quand ils disent de ce roman qu’il est « drôle et acide ». Acide, oui, mais drôle… Ici on a une autre définition de l’humour. Alors nous conclurons ainsi. La vraie vie est un roman addictif parfois cynique, parfois malsain. Lecteur, tu pourrais ressentir une pointe de malaise par moments mais une fois ce livre commencé il est assuré que tu ne pourras plus le lâcher !

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