C’était une des sorties de cette rentrée littéraire 2018. Sophie Divry revient sur la scène littéraire avec Trois fois la fin du monde, un roman contemporain au synopsis plutôt prometteur.

Joseph Kamal se retrouve en prison après un braquage en compagnie de son frère qui a mal tourné. Mais dans cet enfer qu’est la prison, une catastrophe va lui permettre de s’échapper et de retourner à une vie sauvage, au fin fond de la nature.

Un livre hétérogène

Sophie Divry nous expose dès le synopsis un roman qui semble découpé en trois grandes parties distinctes. La prison, la catastrophe, le retour à la nature. Ces changements de décors qui nous avaient séduits finissent ici par nous perdre. Ces trois parties sont assez inégales et le style de l’autrice change de l’une à l’autre. Ces modifications du style semblent découler d’une volonté de mettre en évidence une opposition forte entre le monde carcéral et le retour aux sources que vivra Joseph par la suite. Ces bouleversements ne sont donc de toute évidence pas vides de sens. Malheureusement, Joseph lui-même est sujet aux transformations et à la tournure que prend le récit. Ces brusques passages d’une partie à une autre sont un peu déroutants, il faut bien l’avouer.

« Dire que je voulais me faire sauter l’caisson cet hiver, c’est dingue. T’as bien fait de t’entêter. T’aurais pas vu ce mois de mai de ouf. T’aurais pas récolté tes radis.
Ma parole, ça se fête.
J’vais m’faire un apéro avec un peu de sirop de cassis et mes radis.
V’là, bien lavés.
Croque-z’en un maintenant. »

Tout cela aurait pu être tout à fait plaisant si le livre n’avait pas été si court. Si chaque partie prenait le temps de mieux développer les univers qu’il dépeint et le caractère de Joseph. Cette impression aurait alors été atténuée voire n’aurait pas eu lieu d’exister. Le manque d’unité est ici le seul grand reproche que nous avons à faire au livre de Sophie Divry.

Un roman messager

C’est quelque chose que nous avons beaucoup apprécié. Malgré l’aspect un peu fouillis des propos que semble vouloir faire passer l’autrice, on parvient à relever plusieurs jolis messages. Ici un message social portant sur les conditions de détention des prisonniers, là un avertissement sur les dangers encourus par l’espèce humaine qui à force de détruire sa Terre finira par s’autodétruire. Là encore, une invitation à retourner aux sources, à la nature et aux bonheurs quotidiens que cette dernière peut procurer. Un roman donc très engagé tant sur le plan social que sur le plan écologique et qui nous amène à nous questionner sur nos propres pratiques, sur notre façon d’envisager le quotidien.

« La mort vint un matin.
Il a suffi […] d’une explosion. De l’air soufflant la mort […].
Et vos villes aux rues remplies de médisance, villes où les pauvres se recroquevillaient, où les mères vivaient le cœur intranquille et les riches jamais rassasiés, vos villes et tous ceux qui s’y trouvent, tous les cœurs, les bons et les fourbes : désertées.
[…]. La moitié de la France évacuée. »

Cela nous donne surtout envie à nous aussi de nous exiler au fin fond de la campagne et de retrouver nos racines pour tout vous dire. Vivre au gré des saisons. Retrouver la terre. Les cultures… Même si dans ce roman, le grand message final consiste à nous rappeler à quel point «l’homme est un animal social ».

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De la brutalité au poétique

Sur le plan du style nous le disions précédemment, on a également de grandes variations. Si ces changements sont trop brutaux à nos yeux, l’écriture de Sophie Divry n’en reste pas moins très agréable. La cruauté de la première partie de ce roman s’oppose à l’écriture très poétique que déploie l’autrice dans sa troisième partie.

« L’horreur de la prison s’immisce en moi. Je n’arrive pas à me rendormir. Je regarde le petit écran de ma montre luire dans l’obscurité. De derrière la porte me parviennent une série de sons sourds et irréguliers, des pas lents, des ordres brefs et des échos métalliques. Parce que je ne parviens pas encore à donner un sens à ces bruits, mes nerfs s’emballent. La peur et le chagrin, une sensation terrible d’abandon et d’impuissance me plongent dans des abîmes de noirceur. »

La troisième et dernière partie est, elle, une véritable ode à la nature qui nous reflète les saisons et bien souvent les changements en train de s’opérer chez notre narrateur qui perd pied.

« La nuit tombe. Le ciel s’est obscurci, les feuilles des branches se mêlent et le sol s’engloutit. Les rouges-gorges se plaignent du retour de la chauve-souris.
Alors la Laure glisse en chantant plus fort. Les grenouilles sortent de terre, leurs peaux brillent. Un troc ressort du cours, une belette vient le franchir, boit l’eau.
La nuit prend le domaine, l’homme dort. Le mouton est assis dans la paille.
Le vent s’engouffre sur le causse, des odeurs charriées se répandent dans l’obscurité. Le vent s’engouffre, les souris baissent les oreilles. Les renards remontent des traces. Le grand-duc, si c’en est un, ouvre la chasse. »

Enfin, un autre grand thème est développé dans la troisième partie de l’œuvre et permet à l’autrice de passer à une écriture plus saccadée, en accord avec le mental de notre protagoniste. Une façon d’écrire qui perturbe mais prend tout son sens au fur et à mesure que l’on comprend ce qui est en train de traverser Joseph. La fin de cette histoire n’est pas surprenante mais étant une fin ouverte, elle nous permet d’imaginer ce qui s’est réellement passé. Était-ce une vision hallucinée ou rêvée de Joseph ou bien la réalité ? Viendra-t-on pour lui ?

Avec ce sixième roman, Sophie Divry signe une œuvre multifacette sans grande unité. L’autrice n’en fait pas moins passer des messages forts tant écologiques que sociaux et illustre son propos en variant les styles d’une façon brutale mais qui fait sens malgré tout. Un roman OVNI à ne pas lire dans un moment de déprime, attention !


Tu as lu Trois fois la fin du monde et tu veux parler avec Alberte de ton ressenti ? Hésite pas dans les commentaires ! ↓ 🙂

2 commentaires sur « #MRL18 : Trois fois la fin du monde, un roman multi-facettes »

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