Ça y est, le petit dernier de SNAG fictions (la maison d’édition dont Alberte t’avait déjà parlé ici et ) est sorti. Ils publient cette fois-ci un roman signé Serge Quadruppani qui mélange savamment policier et fantastique.

Tom, 10 ans retrouve le corps sans vie du directeur général de la filiale française de Davos inc., entreprise en charge de la destruction de la forêt de l’Aitre. Au sein de ce paisible village du Limousin débarque alors des policiers de la région mais aussi le capitaine Sylvie Mercure de la DPSD, qui va mener l’enquête pour découvrir qui se cache derrière la mort mystérieuse de cet homme.

Un roman plein d’humour

L’humour, c’est la première chose qui a frappée votre Alberte lorsqu’elle a rapidement parcourues les premières pages de ce roman pour en avoir un avant-goût sans savoir qu’au final, elle ne le lâcherait pas jusqu’à avoir lu le fin mot de l’histoire. Serge Quadruppani se distingue par sa capacité à manier les mots tantôt de manière crue et cynique, tantôt de manière humoristique. Cet humour souvent à la limite de la parodie de nos régions rurales nous vient de l’auteur lui-même qui n’hésite pas, à l’occasion, à briser le 4e mur en intervenant au sein même du récit comme suit :

« On pourrait se demander s’il ne s’agissait pas chez elle de noyer la vague de culpabilité qui la submergeait, à se livrer ainsi au péché de chair […] plutôt qu’à se concentrer sur le travail, on pourrait se le demander mais on n’est pas dans un roman psychologique. »

Mais nous n’oublieront pas le potentiel de comique et de ridicule qui réside en chacun de ses personnages. Ces personnages hauts en couleurs sont très attachants sans qu’on se l’explique toujours. Pour notre part nous avons adoré le personnage de Gladys Paskawit que nous aurions aimé voir un peu plus. Et puis, elle nous a fait sourire avec ses titres.

« En Allemagne, où la profession de sorcière est mieux reconnue, j’ai décroché un diplôme au terme d’un cursus contrôlé par le Global Witches Council, la plus importante organisation internationale de sorcière»

Mystérieuse sorcière, elle n’en reste pas moins ancrée dans notre époque, ce que Quadruppani nous fait très bien comprendre dans la description de sa maison qui nous aura décroché quelques sourires amusés.

« La lumière jaillit de spots au plafond et sur le mur, de part et d’autre de l’autel, le capitaine découvrit diverses affiches. Sur l’une, deux arbres s’enlaçant en forme de vulve entouraient une accorte blonde et servaient de piliers à l’inscription historiée : Witches against Donald Trump. Un texte en anglais invitait à participer tous les mois à une cérémonie mondiale d’ensorcellement du président états-unien»

Une caricature de nos régions

Si on a adoré L’île de Lucifer, il est à n’en pas douter que c’est également parce que c’est un roman qui se déroule dans la région d’origine d’Alberte : son Limousin chéri ! On a donc forcément apprécié se replonger dans ce territoire de nos origines que l’on connaît si bien.

« Elle déboucha avec soulagement sur l’horizontale du Champ de foire, vaste parking désert qu’elle traversa. Ayant contourné le hideux bâtiment moderne de l’EHPAD, elle constata qu’il était, amusant raccourci, juste à côté du cimetière […] . »

Reconnaissons-le, la vision que Serge Quadruppani a des campagnes du Limousin (et du monde rural actuel, tout court) reste assez réaliste. Le lecteur aimera rire de ses « péquenots » pas toujours très éclairés et très sobres, ses « néos-ruraux » souvent « écolos-bobos » plus ou moins nouvellement arrivés et plutôt mal intégrés et ses « chasseurs » complètement idiots. Tout le monde (les néos et les ruraux) s’en prend un coup sur les doigts pour un humour au final exempt de tout mépris.

« Tu sais comment ils sont, ces cons de chasseurs : au bout d’un moment, ils tirent sur tout ce qui bouge ! »

Ayons un peu d’auto-dérision les amis sans pour autant faire de généralisations. Non, tous les ruraux ne sont pas comme ça mais dans le cadre de ce roman mêlant policier, fantastique et satire, ça a du sens ! En tout cas, pour notre part, cette représentation caricaturale nous a beaucoup amusé même si ce n’était peut-être pas le but initial.

Vous avez aimé P’tit Quinquin ? Vous aimerez L’île de Lucifer

Si vous avez aimé la série P’tit Quinquin, réalisée par Bruno Dumont, vous aimerez L’île de Lucifer de Serge Quadruppani. Si le lieu de l’action de P’tit Quinquin était le Nord de la France, ici, on n’a pas pu s’empêcher de faire le rapprochement entre l’œuvre télévisée et le roman. D’une part, on est sur une enquête du même acabit avec des enquêteurs régionaux plus ou moins efficaces. Dans le roman de Quadruppani, on ajoutera que le nom d’un des enquêteurs n’aide pas à donner de la crédibilité à ces policiers. Lionel Gaufre, oui, c’est bien de toi dont nous parlons.

« Le préfet se plaça derrière le gradé, qui abaissa sa visière. Et eut aussitôt l’explication de la gaieté soudaine de la foule. Sa vision était obscurcie par une traînée blanchâtre qui maculait le plexiglas.
– Un choucas vous a chié dessus, Commandant, observa froidement le préfet dans son dos. […]
– On devrait se replier. »

D’autre part, comme dans P’tit Quinquin, un groupe d’enfants – qui pourrait bien avoir plus d’importance qu’on ne le croit dans ce village – est témoin de toutes les nouvelles découvertes et révélations liées à l’enquête et l’on suit également l’évolution de leur petit groupe d’amis.

Un mélange des genres savoureux

La spécificité de ce roman réside en son genre, indéfinissable. Vous pensez vous trouver là, face à une enquête policière tout ce qu’il y a de plus banale, mais en compagnie de l’enquêtrice Sylvie Mercure, vous découvrirez que ce village du plateau de Millevaches est bien plus mystérieux qu’il n’y parait. Que font ces enfants lorsqu’ils se réunissent lors de rencontres quasi ritualisées ? Qui est Gladys Paskawit, la sorcière diplômée et engagée politiquement qui habite l’île de Lucifer ? L’explication de ce meurtre est-elle purement rationnelle ou reste-t-il en définitive des zones d’ombres une fois cette affaire close ? À vous de le découvrir en dévorant à votre tour ce court roman de Serge Quadruppani !

Avec ce troisième roman publié, les éditeurs de SNAG Fiction nous montrent bien là la richesse de leur catalogue encore en pleine formation. Un troisième roman à la frontière entre le polar et le fantastique dans lequel Serge Quadruppani ne se prend pas trop au sérieux et nous livre une image savoureuse et amusante de la ruralité française au XXIe siècle. La fin du roman nous laisse envisager une sorte de spin-off se déroulant dans un monde où le fantastique aurait la part belle. Ici on croise les doigts. Monsieur Quadruppani, nous serons vos premiers lecteurs si c’est le cas !

2 commentaires sur « Sur l’île de Lucifer le troisième roman de SNAG Fiction qui va faire sensation »

  1. Initiée me tentait déjà, j’avais loupé l’article sur Éclaircir les ténèbres mais je note aussi et voilà qu’un troisième titre me fait de l’oeil, je ne vais pas m’en sortir ! Il était dans la dernière Masse Critique de Babelio, je ne sais plus si je l’avais coché ou pas, j’hésitais, mais en tout cas, là, tu me donnes bien envie de le lire ! Il faut que je me mette un mémo : penser à découvrir les éditions SNAG !

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