Jack Vance ça vous dit quelque chose ? Oh juste un petit auteur de niche dans le milieu de la SF. Oui bon ok vous connaissez au moins de nom ! Aujourd’hui on revient sur son cycle des Aventuriers de la planète géante, et on vous emmène avec nous.

On ne présente plus Jack Vance et pour cause, il a marqué l’histoire de la SF. Si vous ne connaissez pas le cycle dont nous allons parler aujourd’hui, il est cela dit tout à fait probable que vous connaissiez son œuvre la plus connue, à savoir le cycle de Tschaï. Et si vous ne le connaissez pas du tout, c’est pas grave, on vous assure il n’y a pas « d’auteurs cultes à connaître absolument » sous peine d’être jugés incultes par chez nous !

Alors installez-vous, on va vous parler de notre première rencontre avec Jacky. Peut-être pas la meilleure des premières fois (il paraît qu’elles sont toujours un peu décevantes) mais au moins ce sont des lectures qui nous ont permis d’entrevoir le potentiel de l’auteur et étant donné que c’est un auteur très prolifique (pas moins de 8 cycles à son actif, rien que ça !), on a de quoi poursuivre notre découverte de son Œuvre.

Les deux romans étant très différents et ayant pour seul point commun de se dérouler sur la même planète, nous parlerons de l’un puis de l’autre de manière distincte. On espère que vous pourrez en tirer un tableau global de nos pensées sur le cycle.

Sur ce, place aux aventuriers.

La planète géante (1957)

Avec une carrière comme celle de Jack Vance, vous vous doutez qu’il faut bien commencer quelque part. Après avoir publiée une première nouvelle en 1945, Vance publie son premier roman, The Dying Earth en 1950.

Si on vous remet un peu les débuts de Jack Vance en contexte rapidement, c’est juste pour bien vous situer La planète géante dans l’ensemble de son œuvre. La planète géante ce sont un peu les débuts de Jack Vance. L’écriture, par ailleurs, n’est qu’une activité parallèle à son activité professionnelle à cette époque. Loin de nous l’idée de vous inviter à l’indulgence la plus aveugle mais pour notre part, ça nous a permis de relativiser les défauts que l’on trouve à ce premier tome du cycle et nous a donné envie de découvrir au moins un autre de ses cycles avant de déterminer si oui ou non, Vance sera un auteur dont nous creuserons la bibliographie.

Mais avant de vous donner notre avis sur le premier tome de ce diptyque, place au résumé du livre dans l’édition dans laquelle nous l’avons lu, à savoir l’édition Folio SF (2005) :

L’attentat a réduit leur vaisseau en miettes et les a précipités sur la Planète Géante, un monde farouche et dangereux qui, quelques générations plus tôt, servait encore de lieu d’exil pour tous les parias de la galaxie. Pour survivre dans ce monde où l’absence de métaux interdit toute technologie, les occupants de l’épave n’ont plus qu’une solution : rejoindre à pied l’Enclave terrienne, de l’autre côté de la planète… à quelque 65 000 kilomètres de là !

La représentation des femmes dans La planète géante

Alors on commence directement par le sujet qui fâche parce qu’on ne veut pas finir sur une note négative. Les femmes chez Jack Vance sont des potiches et la représentation qu’il en fait a indéniablement vieilli. Comme on vous l’a dit, le tome 1 date de 1957 donc rien d’étonnant à cela mais malgré tout, c’est un fait que l’on peut souligner car certains passages font vraiment grincer des dents.

Chez Vance, les hommes « prennent » les femmes pour esclaves et les « échangent » contre d’autres quand bon leur semble. Ces dernières sont des plantes en pot qui poussent des « ululement[s] étranglé[s] de folle », « cri[ent], hurl[ent], beugl[ent] et gémi[ssent] » ou encore « glapiss[ent], prises d’hystérie ». On peut également, dans le même ordre d’idée, évoquer la relation un peu aberrante du protagoniste avec une femme également du voyage. Alors qu’il semble épris d’elle, il s’inquiète de sa disparition en ces termes :

« En admettant qu’on la mette au lit, qu’on la viole… Au moins serait-elle toujours vivante… Elle bénéficierait peut-être même d’un répit. »

Édition Folio SF, 2005, p. 210.

Sympa ton idée du répit Jacky !

Voilà, c’est dit, c’est vraiment le défaut majeur de ce livre à nos yeux. Le reste est moins gênant puisque ce sont des problèmes purement littéraires qui peuvent tout à fait s’entendre pour un auteur en début de carrière. Cependant les qualités qu’on a trouvées au livre nous poussent à vouloir lire d’autres livres de l’auteur. À voir si vraiment tout ses bouquins comportent ce genre de remarques et ce genre de personnages féminins absolument insipides, on ne pense clairement pas lire sa bibliographie entière.

Dépaysement et ethnologie imaginaire

Passons maintenant au principal point fort de ce premier tome. Jack Vance a un véritable talent pour dépayser son lecteur. Les paysages qu’il évoque sont variés et poussent à la rêverie. Cette planète géante, sauvage, où la nature semble occuper une place primordiale, on aimerait presque s’y rendre par moments…

« Encore trois jours de chevauchée monotone dans la steppe. Le quatrième jour, le paysage se modifia. Les fougères devinrent plus hautes et plus difficiles à traverser, presque comme le manzanita terrestre. Ici et là se dressaient des buissons resplendissants de près de deux mètres de haut, dont le feuillage évoquait des queues de paon. »

Édition Folio SF, 2005, p. 99.
Les Zipangotes tels que représentés en couverture du Ace Double D-295 en 1958 par Ed Emshwiller.

Les descriptions des paysages se doublent de la création d’un bestiaire pour le moins sympathique, des griamobots en passant par les zipangotes, Vance imagine des créatures dont il est plaisant d’essayé de se figurer l’aspect. Des créatures fantastiques assez peu nombreuses dans ce roman mais qui elles aussi ont un rôle à jouer dans le dépaysement ressenti par le lecteur. Qu’elles soient hostiles ou non elles participent à la création d’une ambiance quasi exotique dans cet ouvrage où la nature occupe un rôle central.

Vance profite également et surtout de ce périple de 65.000 kilomètres pour nous emmener à la rencontre des divers peuples qui composent les habitants de la planète géante. Ne laissant que très peu de répit à son groupe d’aventurier, il les fait rencontrer tour à tour « les bohémiens », « les Magiqueurs », « les Beaujolains », ou encore les « Rebbirs ». En ce sens Jack Vance dresse un véritable catalogue ethnologique imaginaire au fil des rencontres nous laissant entrevoir origines, traditions et coutumes de ces peuples très variés. On se délecte des descriptions de costumes et des villes croisées sur leur chemin.

« Il portait une casaque blanche brodée de grenouilles rouges et jaunes, une large ceinture de brocart rouge, une culotte collante bleue, des bottes noires. A chacun de ses oreilles pendait une boucle d’or, et tous ses doigts étaient alourdis par des bagues en métaux variés. Il était assis dans un fauteuil de cérémonie, où il venait de toute évidence de se laisser choir à l’instant, car il lissait encore les plis de ses habits. »

Édition Folio SF, 2005, p. 125.

Vous en conviendrez, c’est bien beau tout ça mais on irait bien plus volontiers sur cette planète si elle n’était pas si hostile.

Une terre hostile

L’hostilité de la planète géante reste principalement liée à ses habitants : des descendants de Terriens ayant refusé les principes édictés par la civilisation terrienne. La désillusion qui les a poussée à s’exiler sur la planète géante pourrait donner naissance à une belle utopie (reste à voir si l’utopie n’est pas finalement une forme de dystopie par la rigidité même de ses principes… Mais c’est un autre débat et on est pas là pour essayer de répondre à une question sur laquelle des spécialistes s’écharpent). Mais c’était sans compter un certains lot de violence engendrée par une partie des habitants de la planète géante. Ces violences seraient causées par un dysfonctionnement politique et mène l’auteur à nous décrire des scènes parfois un peu gores sans jamais vraiment tomber dans l’horrifique.

« Presque sous sa figure, un plateau portait quatre têtes disposées en bon ordre, la calotte crânienne sciée pour étaler leur contenu d’un gris tacheté de rouge. »

Édition Folio SF, 2005, p. 240.

Un des éléments central de cette histoire est la politique puisque Glystra, notre protagoniste, est envoyé sur cette planète en proie au chaos afin de faire le bilan de la situation sur place à la commission terrienne. L’absence de fédération y est vue comme la raison de l’existence de ces violences. Le scénario politique n’en reste pas moins un peu trop léger et nous laisse un goût d’inachevé à la fin de notre lecture. On aurait aimé que cette partie de l’histoire soit plus approfondie et complexe.

La Planète Géante est donc une œuvre qui a assez mal vieillie sous certains aspects (la représentation des femmes en tête). Ce premier tome a été écrit par Jack Vance au début de sa carrière et c’est probablement une des raisons pour lesquelles il nous a paru inabouti. Nous aurions aimé voir l’aspect politique enrichi d’informations, par exemple. Néanmoins il nous semble que ce n’était pas l’objectif premier de Vance. Cette mission quasi diplomatique qui lance le récit est, selon nous, un prétexte au voyage et à l’aventure. L’idée numéro un de l’auteur étant de susciter le dépaysement chez son lecteur, on peut en déduire que c’est plutôt mission accomplie pour Vance. Le dépaysement est total, et malgré les faiblesses scénaristiques que présente cette première aventure notre envie d’en découvrir plus sur la planète géante reste intacte.

Nous n’avons pas abordé ce point faute d’avoir grand chose à en dire mais enfin, nous aimerions souligner un autre élément qui nous parait « prometteur » pour la suite de nos lectures de Vance : l’humour. De fait nous nous sommes surpris à rire à plusieurs reprise, ce qui est toujours très agréable, vous en conviendrez. Cette petite remarqua nous a, par exemple, fait pouffer :

« Wittelhatch, les paupières mi-closes, frotta l’un de ses nombreux mentons. »

Édition Folio SF, 2005, p. 125.

Une façon bizarre de conclure cette première partie de notre chronique, mais au moins la transition vers Les Baladins de la planète géante se fait dans la bonne humeur !

Florilège de nos éditions préférées (en dehors de la nôtre) avant d’enchaîner sur le tome 2 du cycle :

Les Baladins de la planète géante (1975)

Publié en 1975, soit dix-huit ans plus tard, Les Baladins de la planète géante est un tome compagnon de la Planète Géante. De fait, dans Les Baladins de la planète géante, Jack Vance nous invite, non pas à suivre des Terriens mais bien des natifs de ladite planète. Les deux histoires n’ont donc pas grand rapport l’une avec l’autre, hormis le fait qu’elles se déroulent sur le même astre. Maintenant que vous savez ça, place au résumé dans l’édition Presses Pocket qui est la nôtre ! (Oui notre collection est dépareillée et c’est une vraie souffrance visuellement)

Fabuleux est le prix offert au gagnant du concours théâtral organisé par le nouveau souverain du Soyvanesse.
Garth Ashgale aurait aimé éliminer Apollon Zamp de la compétition, mais celui-ci a plus d’un tour dans son sac et c’est à lui que l’envoyé du roi donne le sauf-conduit nécessaire pour aller au festival. Mais où trouver un bateau ? Par suite d’une ruse d’Ashgale, l’
Enchantement de Miraldra brûle et la troupe rescapée se débande. Seule reste avec Zamp la dernière comédienne engagée, Demoiselle Blanche-Aster. Au lieu du spectacle de variétés qui a fait la réputation de Zamp, ils joueront une pièce de l’antique Terre : Macbeth.
Et les voilà partis vers le nord, remontant le fleuve Vissel.

Nous serons probablement plus brèves sur ce tome-ci dont on a l’impression d’avoir moins de choses à dire… Ou plutôt de peur de se répéter après ce que nous avons déjà dit sur le premier tome.

Nous n’accorderons pas de sous-partie au traitement du personnage féminin de l’histoire. À notre grand dam, Jacky a assez peu évolué sur ces sujets-là en 18 ans. Le personnage de Demoiselle Blanche-Aster nous a paru cela dit moins fade que celui de Nancy de la Planète Géante mais la relation qu’elle entretien avec les personnages masculins de celle-ci reste irritante pour le lecteur ou la lectrice du XXIe siècle. Mais attardons-nous plutôt sur ce qui fait la spécificité des Baladins !

Un tome mieux maîtrisé

C’est le premier constat que nous avons pu faire. Ce second tome est indéniablement mieux maîtrisé. Évidemment on pouvait s’y attendre avec les 18 ans qui séparent les deux publications mais il nous paraît tout de même important de le souligner.

Les personnages des Baladins nous ont paru mieux écrits, plus colorés, plus réels et donc plus attachants dans l’ensemble. Vance semble avoir trouvé un ton qui lui correspond bien, l’humour est bien plus présent.

Sur un plan plus prosaïque, l’édition que nous avons lues comporte également une carte en début d’ouvrage, une riche idée qu’on aurait aimé trouver dans le T.1 et qui, dans ce T.2 s’est révélée véritablement utile à notre immersion.

Enfin, là où la Planète Géante pouvait comporter quelques longueurs, les Baladins connaissent un second souffle à la moitié du livre avec l’introduction d’un nouveau personnage qui relance l’intrigue et réveille l’intérêt des lecteur.ices. Une preuve selon nous, que Jack Vance maîtrise mieux son récit et son écriture.

Ce sont tous ces éléments réunis qui nous permettent donc d’affirmer la qualité de ce second tome sur le plan de la construction du récit et sur le plan scriptural.

La Planète Géante vue par ses natifs

Avec les Baladins de la planète géante, Vance prend un tout autre parti : celui de nous décrire l’astre à travers les yeux de ses natifs. Ainsi dans ce second tome c’est une troupe de théâtre partant de la ville de Coble que nous allons accompagner tout au long du fleuve Vissel. Les technologies, beaucoup plus présente dans le tome 1 mettaient en lumière le fossé technique entre les Terriens et les habitants de la Planète Géante. Ici, point de Terrien à l’horizon. En résulte un tome qui emprunte résolument plus à la fantasy là où le premier tome empruntait à la fois à la SF et à la fantasy. Dans les Baladins on retrouve un bon nombre de topoï de la fantasy, du motif de la taverne en passant par le spectacle de rue à tendance médiévalisante.

« Il termina la bière qui restait dans le pot et prit appui des deux mains sur la table dans l’intention de s’en aller quand dans la taverne survint Demoiselle Blanche-Aster escortée de Throdorus Gassoon. Zamp se laissa retomber sur son siège et se renfonça dans l’angle le plus sombre de l’alcôve en rabattant son bonnet sur son visage. »

Éditions Presses Pocket, 1990, p.145.

L’ambiance des bateaux-théâtres nous a beaucoup plu, on avait presque l’impression de nous trouver dans l’Aérothéâtre des Tantalas de Final Fantasy IX ; ce qui n’est pas pour nous déplaire… Vance nous présente donc la planète géante sous un tout nouvel aspect mais en profite également pour poursuivre le développement de cet univers.

L’approfondissement d’un univers

Dans les Baladins de la planète géante, Jack Vance poursuit le développement de l’univers qu’il nous proposait dans La Planète Géante. Accompagné de Zamp les lecteur.ices découvrent de nouveau peuples jamais évoqués dans le premier tome et ceux grâce à l’introduction par l’auteur du « Guide du Fleuve ». Cette véritable encyclopédie pour les troupes de théâtre de la Vissel reste le meilleur moyen pour ne pas se voir balancer des tomates à la fin d’une représentation… Ou pire, tout simplement tués pour ne pas avoir respecté les coutumes et la bienséance dans ces villages divers et variés où ils vont devoir jouer leurs pièces.

« Le Guide du Fleuve décrivait les habitants de Skivaree comme affables, placides et tolérants. En dépit de toutes les preuves du contraire, ils se considéraient comme les membres d’une race extra-humaine, différente des autres populations de la planète et supérieures à elles. Le Guide du Fleuve concluait par un avertissement plutôt glaçant :
« … Surveillez vos enfants avec vigilance ! Ne les laissez jamais s’égarer dans les ruelles de Skivaree ! Sans aucune hésitation, les gens saisissent des enfants, leur tordent le cou, les découpent, préparent, accommodent et servent à table selon une douzaine de recettes, sans remords ni arrière-pensée. Une description complète de cette étrange population dépasse le cadre de cet ouvrage. »
»

Éditions Presses Pocket, 1990, p.173-174.

Le Guide devient un moyen pour l’auteur de poursuivre sa description des habitants de la planète géante dans toute leur diversité. Un guide qui n’empêchera pas quelques déconvenues lors des représentations. Voilà qui ajoute du sel et de la théâtralité à l’histoire. Aux références au « Guide du Fleuve » viennent se greffer des notes de bas de page rédigées par l’auteur qui nous en dit plus sur la faune et la flore de la planète. Cela dit, ces notes de bas de page assez présentes dans le premier tiers du livre disparaissent progressivement de l’ouvrage.

L’art au centre du récit

Jack Vance met l’art et plus particulièrement le théâtre au cœur de son récit. De fait, nous assistons en tant que lecteur.ice à de multiples représentations de troupes de bateaux-théâtres. Ces scènes et la réception des pièces par le public sont des passages véritablement savoureux et donnent un ton burlesque à l’histoire. Le burlesque, présent sur scène, se retrouve également en dehors des planches. Ainsi en est-il de la vengeance de Zamp sur son concurrent Garth Ashgale.

« Nous pouvons soit donner notre maximum pour nous assurer la victoire soit faire en sorte qu’Ashgale perde. »

Éditions Presses Pocket, 1990, p. 40.

Une pièce de théâtre se déroule sur scène mais le burlesque est également présent dans « les coulisses » où Zamp observe la pièce d’Ashgale puis sa perte avant de rejoindre aussi sec son propre bateau pour une représentation qu’il débutera en s’apitoyant faussement sur le sort du bateau-théâtre voisin (On reste vague pour que celles et ceux qui ont lu puissent voir de quoi on parle sans spoiler celles et ceux qui n’ont pas lu le livre !). Ce passage est une véritable mise en abyme du théâtre et plus particulièrement du burlesque et provoque inévitablement le rire.

Nous pourrions même aller plus loin sur ce point étant donné que nous n’avons pas pu nous empêcher de retrouver dans les personnages de cette histoire certains archétypes du théâtre. Comme Gassoon dans lequel nous avons reconnu le Pantalone de la Comedia dell’arte, un vieillard attiré par une femme beaucoup plus jeune que lui. Sur ce même registre Zamp devient Brighella, un personnage bouffon et fourbe. Pour ce qui est de Demoiselle Blanche-Aster, elle nous a semblé elle représenter l’archétype de la femme fatale, à la fois séduisante, cultivée, portée sur l’intrigue et n’hésitant pas à user de ses charmes pour parvenir à ses fins. Bref, nous refermons cette parenthèse.

Enfin, et c’est le dernier point que nous souhaiterions aborder dans cet article, à travers l’opposition entre les personnages de Zamp et de Gassoon, Jack Vance mène une réflexion sur ce qu’est l’art. Le premier, à la tête d’une troupe qui ne lésine pas sur la comédie et le burlesque semble envisager le théâtre avant tout comme un divertissement et un moyen simple de gagner sa vie. De son côté, le personnage de Gassoon semble avoir une vision beaucoup plus intellectuelle, pompeuse et élitiste du théâtre. Leurs visions totalement caricaturales de la chose s’opposent dans des échanges délectables tant on sent que jamais les deux hommes ne parviendront à s’accorder sur le sujet. S’adressant à Demoiselle Blanche-Aster, Gassoon se questionne ainsi :

« […] Peut-être qu’au fond je me demande : la perception esthétique arrive-t-elle par le canal du cœur ou par celui du cerveau ? »

Éditions Presses Pocket, 1990, p. 111.

Les dialogues amènent donc le lecteur à se questionner à son tour. La réponse se trouve inévitablement entre les deux points de vue tranchés de Zamp et Gassoon. Les Baladins de la planète géante en est un exemple parfait, entraînant son lecteur entre divertissement, aventure et réflexion sur l’art.

Et avant d’en arriver à une conclusion générale, place à notre top 3 des éditions des Baladins de la planète géante. La troisième est celle qui colle le plus à l’ambiance du livre mais la seconde reste notre favorite tant elle n’a absolument rien à voir avec le contenu du livre justement ♥.


Conclusion générale

Avec ces deux livres, Jack Vance propose une approche différente de la planète géante qu’il a créée. Si la Planète Géante est moins aboutie que Les Baladins de la planète géante, il n’en reste pas moins un bon divertissement et un livre dont la qualité principale est de dépayser ses lecteur.ices. Le second tome de cette duologie est, comme on pouvait l’espérer d’un livre publié 18 ans plus tard, plus abouti et nous a offert à son tour un agréable moment de lecture au cours duquel on ne s’ennuie pas une seconde, voguant de rebondissements en bouffonneries jusqu’aux portes de Soyvanesse. Les deux tomes ont par ailleurs pour unique point commun de se dérouler sur la même planète, vous pouvez donc tout à fait lire l’un sans lire l’autre si vous le souhaitez. Pour notre part, l’immersion sur la planète géante a été un plaisir. À voir si le reste de l’œuvre de Jack Vance comporte autant d’éléments qui nous font grincer des dents… !


On espère que cet article vous aura plu, qu’il aura rendu curieux et curieuses celles et ceux qui ne connaissaient pas Vance ou ce cycle tout en donnant un nouveau regard sur ce dernier pour celles et ceux qui l’auraient déjà lu. Dans tous les cas, les propos tenus dans cet article n’engagent que nous et ne font qu’illustrer notre point de vue sur ce cycle.

5 commentaires sur « Le cycle des aventuriers de la planète géante – Jack Vance »

  1. Personnellement, je connaissais à peine de nom (et encore, j’aurais pu te sortir que c’était un personnage quelconque…) et les deux cycles cités ne me parlent pas du tout…

    Les extraits misogynes sont tellement caricaturaux qu’on dirait une parodie ! J’adore le « qu’on la mette au lit » qui minimise à peine l’impact d’un viol tout en infantilisant merveilleusement la femme. Franchement, il aurait pu dire qu’elle y prendrait peut-être même du plaisir, tant qu’à faire !
    Je pense que ce n’est clairement pas le seul bouquin de SF à faire preuve de sexisme, mais ça refroidit un peu malgré tout.

    Pourtant, ces romans semblent malgré tout avoir de bons atouts, entre les paysages du premier et tout ce qui tourne autour du théâtre dans le second.
    ce n’est cependant pas comme si je n’avais rien à lire, donc je vais passer mon tour pour l’instant, mais si tu en lis d’autres moins exaspérants, n’oublie pas de venir me faire changer d’avis !

    Sinon, tes top 3 des couvertures les plus moches sont très originaux ! (Ah, ce ne sont pas censées être les plus moches ? ^^) Suite à notre lecture de Terremer, Maned Wolf avait mis dans son bilan des vieilles couvertures, dont certaines n’avaient absolument rien à voir non plus avec le contenu du bouquin. A se demander si ça avait été échangé avec un autre livre ou si l’idée était juste de mettre une couverture farfelue… ^^

    Aimé par 1 personne

  2. On est d’accord que ca rebute un peu. Perso ca a tendance à me faire sortir de l’histoire et à me faire un peu souffler quand meme aha
    (Figure toi que je suis tombée sur un site de fans de Jack Vance où les gens défendait fermement l’auteur d’être misogyne… AHAHA)

    Yes!! En vrai je ne sais pas si je retenterai l’expérience parce que j’ai lu que le cycle de Tschai est encore bien pire à ce niveau là! Je pense que je vais poursuivre mon chemin à la découverte de la SF mais en m’éloignant un peu de Vance… Pour mon bien etre personnel x)

    J’adore inséré ce genre de parenthèses, l’amoureuse de couvertures kitsch qui est en moi se fait plaisir (oui elles sont coolos, pas moches voyooons hihi)
    Moi je me dis, les marketeux de l’époque devaient surtout essayé de faire des ventes donc tu mets une meuf pas trop habillé sur la couverture en esperant que ca se vende peut etre? Ou alors les types étaient juste en roue libre x)
    Je vais allé revoir la couverture de Terremer, ca me dit rien hihi

    Aimé par 1 personne

  3. Tu m’étonnes !
    Sérieusement ? Enfin, les extraits sont tout de même éloquents… Que ces histoires soient aimées malgré tout, ok, mais mieux vaut le reconnaître quitte à arguer que ces livres ne sont pas récents et que la misogynie était alors bien ancrée (comme si elle ne l’était plus maintenant…). Et si tout le monde n’a pas la même sensibilité face à ça, delà à le nier…

    Ah oui ? Du coup, je comprends que tu aies eu ta dose ! Et je crois que ça ne me manquera pas, donc tu n’es pas obligée de te faire du mal ! Il y a bien d’autres belles choses à découvrir !

    Pardon, nous n’avons pas de champ lexical commun pour le coup. ^^
    Pour celles de Terremer, il n’y a même pas de filles dénudées ! C’est juste du n’importe quoi. Comme celle de Tehanu avec son ptérodactyle et son vaisseau spatial alors qu’il n’y a clairement ni l’un ni l’autre dans le roman ! Tu te demandes ce qu’ils ont fumé, donc oui, je penche pour la roue libre !
    (Les articles de Maned Wolf était ceux-là :
    https://dejeunersouslapluie.com/2022/04/09/retrospective-mars-5/
    https://dejeunersouslapluie.com/2022/05/10/retrospective-avril-5/)

    Aimé par 1 personne

  4. Ouaiiiis mais tu sais, c’est classique, c’est les fans totalement aveuglés par leur fanitude (je comprends pas ce genre de personnes) au point d’etre incapable de reconnaitre un seul défaut à une oeuvre qu’ils apprécient!

    Ah oui effectivement, les couvertures ne correspondent pas à l’image que j’ai de Terremer… Ca fait très roman de SF et pas du tout fantasy. Mais c’est un problème de beaucoup d’auteurs de SF. J’ai l’impression que dans les années 70/80 ils avaient le besoin irrépressible de mettre un.e auteur.ice dans une catégorie précise. Donc quand un.e auteur.ice de SF se met à écrire un bouquin de fantasy bah… On le markette comme un bouquin de SF (pour que les fans continue d’acheter ou parce qu’on a pas lu le bouquin, ca je sais pas x))

    Aimé par 1 personne

  5. Oui, c’est vrai… et surtout de ne pas accepter que d’autres personnes y trouvent des défauts !

    Je confirme : ça ne correspond absolument pas !
    Aaah, mais tu sais que je n’avais pas pensé que ça venait peut-être du fait que ses romans précédents étaient de la SF. Du coup, ton hypothèse est plausible !

    Aimé par 1 personne

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