Jonathan Strange & Mr. Norrell : pépite uchronique

Littérature
Jonathan Strange & Mr. Norrell, roman fantasy britannique écrit par Susanna Clarke et publié en France en 2007 chez Robert Laffont est une vraie pépite. Et on vous dit pourquoi !

En pleine période de guerres napoléoniennes, deux grands magiciens s’affrontent. Sauront-ils rendre toute sa grandeur à la magie en Angleterre en la faisant vivre à nouveau ?

L’uchronie avec un grand U

Avec ce pavé de plus de 800 pages, Susanna Clarke se démarque comme une grande auteure de fantasy. Avec Jonathan Strange & Mr. Norrell, elle parvient à intéresser le lecteur à l’histoire de l’Angleterre à l’époque géorgienne. Elle nous y parle de guerres qui aujourd’hui nous sont bien lointaines et dont on ne sait en général que peu de choses : les guerres napoléoniennes. On se retrouve très rapidement happé par l’univers créé par Susanna Clarke qu’on ne lâchera plus jusqu’aux dernières lignes.

Les Willis étaient deux frères qui possédaient un asile d’aliénés dans le Lincolnshire. Depuis de nombreuses années déjà, ils prenaient soin du roi chaque fois que Sa Majesté se trouvait déraisonner. […]
Cela étonnera mes lecteurs (car cela étonne tout le monde) qu’un roi soit si peu maître de son destin. Songez pourtant avec quelles alarmes de suspicion de démence est accueillie dans les familles privées. Songez alors combien ces alarmes sont bien plus grandes quand le patient est le roi de Grande-Bretagne !

Réécrivant l’histoire de l’Angleterre en y ajoutant une pincée de magie toujours bien dosée, elle rend les lieux et personnages quasi palpables pour le lecteur installé tranquillement dans son canapé. Et si la magie pouvait expliquer la victoire d’une bataille ? Et si un enchantement pouvait être l’explication à un comportement mélancolique ? Toutes ces questions, Susanna Clarke se les pose et imagine un monde où la magie aurait influencée durablement nos sociétés et nos modes de vie. Et on se laisse volontiers prendre dans ce monde où tout s’explique par la magie, évidemment.

Donner du temps au temps

L’auteure livre ici une œuvre qui prend le temps de développer chaque personnage, chaque élément de l’histoire pour finalement offrir au lecteur la meilleure expérience de lecture qui soit. Le genre d’expérience de lecture par laquelle on restera marquée. Un univers riche impossible à oublier. Sur un récit durant plusieurs années, elle esquisse le portrait d’une société en plein bouleversement à travers les nombreux personnages qui peuplent son roman. À la fois fresque historique – avec ses récits de guerres – et fresque sociale, – à travers la description de la société mondaine et de ses mœurs – cette œuvre est très complète dans la façon dont est développé son univers.

Alors qu’un déluge dégringolait des cieux, les gouttes d’eau étaient poussées à s’agglutiner pour former des masses solides : colonnes, poutres et voiles, qu’un artiste avait façonnées à l’image de cent navires.

Et pourtant, l’écriture de Susanna Clarke reste assez simple. Une simplicité qui n’en est pas moins percutante et parfois même assez poétique. L’auteure passe d’un récit à un autre et les histoires des différents personnages s’entremêlent à la façon d’un feuilleton sans perdre le lecteur à aucun moment pour autant. Un véritable tour de force en vue de la taille du roman au cours duquel on pourrait avoir le temps de s’ennuyer. Eh bien nenni !

Une œuvre sombre, mais pas que

Jonathan Strange & Mr. Norrell c’est aussi un univers assez sombre. Dans la description qui nous est faite de l’époque, des lieux et des personnages, on ressent toute l’influence du roman gothique. On croisera au sein de ce roman même Mary Shelley mais aussi Lord Byron. Un clin d’œil fait aux deux auteurs qui ont peut-être influencé Susanna Clarke. On sent son penchant à la fois pour l’univers gothique et le romantisme et tour à tour on se croirait coincé dans une toile de Fussli puis dans une œuvre romantique. À mi-chemin entre Jane Austen et Mary Shelley, cette œuvre nous donne à voir une Angleterre bien plus complexe culturellement qu’il n’y parait.

Je crois avoir entendu évoquer ce que vous avez réalisé à York, et j’espère que les lavandières vous en ont su gré. Néanmoins, j’ai peine à voir comment nous pourrions appliquer la magie à la guerre ! Certes, nos soldats se salissent beaucoup, mais enfin, vous savez […] ils ont d’autres chats à fouetter !
Pauvre Mr Norrell ! Ce fut un grand choc pour lui de prendre connaissance de l’histoire de Mr Drawlight sur la manière dont les fées auraient blanchi le linge de la population. Il assura à Sir Walter n’avoir jamais blanchi de linge de sa vie […] et lui raconta ce qu’il avait réellement réalisé à la place.

Elle y alterne également entre des moments humoristiques – humour pincé et humour plus absurde se mêlent – et des moments beaucoup plus dramatiques et sombres donnant un aspect très réaliste et humain à son œuvre. Mais Jonathan Strange & Mr. Norrell ce n’est pas que ça. C’est une aussi un questionnement sur la folie, la mort, la religion, le racisme, l’esclavage et bien plus encore. Une œuvre vraiment complète en somme.

Avec cet unique roman élu prix World Fantasy du meilleur roman en 2005, Susanna Clarke marque les esprits. Par sa capacité à créer un univers prenant et unique, elle montre son talent d’auteure fantasy. Lire Jonathan Strange & Mr. Norrell éveille la curiosité, l’imagination et fait se questionner sur de nombreux sujets de société encore valables de nos jours. Lire Jonathan Strange & Mr. Norrell vous rendra meilleur. Lisez Jonathan Strange & Mr Norrell ! (#Propaganda)

 


Cet article a été écrit dans le cadre du Challenge ABC Imaginaire.

ABCImaginaire2018

Organisé par la blogueuse littéraire MarieJuliet. Le principe en est simple :

Lire 26 livres entre le 1er janvier et le 31 décembre 2018, en respectant le principe « une lettre, un auteur ». Il faut choisir un auteur de l’Imaginaire (Fantasy, fantastique, Science-Fiction, Bit-lit, Dystopie, Steampunk,… etc.) pour chaque lettre de l’alphabet.

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HebdoSono#4 : Vous reprendrez bien un peu de Kaviar Special

Musique
Passant en revue – pour toi lecteur – les albums tout frais Alberte élit chaque dimanche l’album de la semaine entre coup de cœur et avis mitigé. Aujourd’hui on se délecte du dernier album des quatre rennais de Kaviar Special.

On se souvient bien de leur venue à Rock en Seine en 2016 et pour cause, c’est à cette période que les Kaviar Special ont réussi à se fonder leur petite notoriété. À cette occasion l’énergie et l’unité du groupe n’avaient échappé à personne. Ils nous reviennent aujourd’hui avec un nouvel album, Vortex au label Howlin Banana Records qui est dors et déjà disponible dans son intégralité sur Youtube (ICI).

Avec ce nouvel album ils continuent de se démarquer de la scène musicale française actuelle. Le psychédélisme des années 1960 côtoie, comme toujours avec les Kaviar Special, des sons bien bruts et garage. Un véritable plaisir qui donne foi en un renouveau de la scène rock française. Si le futur du rock psyché français se trouve quelque part, c’est bien à Rennes. Alors qu’est-ce que vous attendez ? Foncez voir leurs dates de tournée !

Neverwhere : et l’urban fantasy fut

Littérature
En 1998, Neverwhere de Neil Gaiman était publiée en France. Un livre majeur de la littérature de l’imaginaire anglaise qui est aussi la première œuvre d’urban fantasy traduite en français.

Richard Mayhew vit à Londres une vie plutôt banale, voire ennuyeuse. Jusqu’au jour où le fantastique va surgir dans sa vie pour le mener vers des aventures totalement imprévues.

Richard Mayhew, ce british si attachant

Attention, en prenant ce roman vous vous exposez à un grave danger : celui de vous attacher plus que de raison à un personnage de fiction. Effectivement, il est impossible de ne pas s’attacher dès le début au protagoniste : Richard Mayhew. Beaucoup de maladresse, un peu de loose et un caractère légèrement phobique, voilà la recette parfaite qu’a trouvéé Neil Gaiman pour nous hypnotiser à travers le personnage de Richard.

Ils étaient vêtus de costumes noirs, légèrement crasseux, légèrement usés, et même Richard, qui se classait au nombre des dyslexiques de la mode, sentit que la coupe en était un peu curieuse.

Au fil de ce roman presque initiatique, Richard apprendra finalement à devenir maître de sa vie et de ses choix et se révélera aux yeux de tout le Londres d’En bas comme un homme respectable. Si vous deviez lire ce roman pour un personnage, ce serait probablement pour Richard parce qu’il est le stéréotype même du personnage britannique. Les autres personnages sont, eux, loin d’être marquants. Mis à part peut-être M.Croup et M.Vandemar, les antagonistes qui marqueront le lecteur dans un tout autre registre.

Neil Gaiman, piquant

Mais Neverwhere ce n’est pas qu’un simple roman de divertissement. Au-delà de personnages sympathiques, d’un univers et d’une histoire originale, Neverwhere est aussi une œuvre qui porte un message fort. Les gens du Londres d’En bas sont en effet invisibles aux yeux de ceux du Londres d’En haut. Neil Gaiman dépeint métaphoriquement nos sociétés contemporaines. Les mendiants, les gens de la rue sont, aux yeux des citadins totalement invisibles, tout comme les gens du Londres d’En bas le sont à ceux du Londres d’En haut.

L’homme était assis sur un pas de porte. Il avait une barbe jaune et gris, des yeux caves et sombres. Une pancarte rédigée à la main pendait autour de son cou à un bout de ficelle effilochée et lui barrait la poitrine, annonçant à quiconque avait des yeux pour lire qu’il était sans abri et qu’il avait faim. Nul besoin d’une pancarte pour s’en apercevoir. Richard, la main déjà plongée dans la poche, chercha une pièce.

À travers le personnage de Richard, il nous fait vivre la vie de ceux d’En bas. Les invisibles. Richard se retrouve dans un Londres d’En Haut qui lui paraît si familié et pourtant, personne ne semble remarquer sa présence. Neverwhere c’est donc aussi un roman qui fait réfléchir à une grande question sociétale : celle de la place des mendiants et des plus démunis dans notre monde.

Une œuvre cinématographique

Dès les premiers pages ce qui aura forcément percuté l’œil du lecteur c’est la capacité qu’a Neil Gaiman de nous transposer dans un tout autre univers. Sa plume entremêlant descriptions, dialogues et pensées du protagoniste est remarquable car elle nous donne à voir l’histoire de Richard Mayhew. Par là il faut comprendre que son écriture déroule l’histoire sous nos yeux comme si c’était un film. Chaque nouvelle phrase est comme une nouvelle séquence mettant en scène ses personnages. On visualise chacun de leurs mouvements, de leurs positions et expressions dans des décors qui, s’ils sont parfois peu glamour, font briller nos jolis yeux de lecteurs.

La salle à manger de Serpentine se situait apparemment sur le plus petit quai de métro que Richard ait jamais vu. […] Une nappe de damas blanc et un service d’argenterie de cérémonie la couvraient. Un métro passa à quelques mètres d’eux. L’air qu’il fit en se déplaçant souffleta la table. Le vacarme de son passage plongea dans la tête de Richard comme un couteau chauffé dans de la cervelle. Richard gémit.

C’est un peu comme si, en temps réel nous étions avec eux, dans le Londres d’En-bas à les observer en cachette. Mais ce sentiment de « littérature cinématographique » est loin d’être surprenant lorsque l’on sait que Neverwhere est adapté d’une série scénarisée elle aussi par Neil Gaiman. Habituellement l’adaptation va plutôt du roman à la série mais ici, c’est l’inverse. Fait étonnant pour une œuvre tout aussi étonnante.

 

 

Avec Neverwhere, Neil Gaiman livre un roman à l’univers et aux personnages singuliers. À travers son écriture très cinématographique, Neil Gaiman nous transporte dans ce monde qu’il a créé et nous fait nous questionner sur la place de la pauvreté dans nos sociétés contemporaines. Malgré une fin assez attendue, Neverwhere rempli son contrat et va même au-delà puisqu’il est à la fois divertissant et fait se questionner le lecteur. Reste seulement à voir la série originelle. En espérant qu’elle soit au même niveau que l’adaptation littéraire.


Cet article a été écrit dans le cadre du Challenge ABC Imaginaire.

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Donald Trump : Un président en cart(o)on

Séries
Ce dimanche 11 février était diffusé aux États-Unis le premier épisode de la nouvelle série animée Our Cartoon President sur la chaîne Showtime. Un cartoon très politique qui en dit long sur la présidence Trump.

Cette série animée créée par Stephen Colbert nous raconte tout simplement la vie du 45ème président des États-Unis. Se glissant dans son intimité, ce cartoon révèle tout le ridicule du personnage qu’est Donald Trump.

Un fort potentiel cartoonesque exploité

Rien de surprenant à ce que le format choisi par Stephen Colbert et les producteurs d’Our Cartoon President soit la série cartoonesque. En effet, le président Donald Trump a depuis son élection fait rire les foules à plusieurs reprises de par ses comportements ridicules ou parfois tout simplement déplacés. C’était donc une évidence de le représenter sous la forme enfantine et grotesque qu’est le cartoon. Cette série se veut évidemment très caricaturale et est loin d’être apolitique. On se souvient bien la réaction qu’avait eu le présentateur du Late Show et créateur de la série, Stephen Colbert, à l’annonce de l’élection de Donald Trump.

Une série politisée

Aucune surprise donc à ce que Stephen Colbert soit le créateur de cette série animée. Au nom de la liberté d’expression, il montre son opposition face à la politique de Donald Trump en le tournant tout simplement en ridicule lui et son entourage. On ressent ainsi le message des producteurs qui montrent leur mécontentement face à l’élection de ce président en cart(o)on. Cette série s’annonce évidemment très irrévérencieuse. Tous se font taper sur les doigts. Les journalistes pro-Trump de Fox News, les conseillers aux répliques stupides, Melania et son air pincé, les enfants de Donald Trump qui détrônent le roi de la stupidité. Chaque nouveau personnage introduit est un moyen de mettre plus encore en évidence tout le ridicule de la présidence Trump.

Le cartoon comme moyen d’éveiller la curiosité

En parlant avec dérision de politique, cette série permet aux spectateurs non spécialistes de la politique américaine d’en apprendre un peu plus à ce sujet. Évidemment, on ressent toute la subjectivité des producteurs de la série mais l’évocation d’hommes politiques et de faits d’actualité éveillera la curiosité du spectateur.

Cartoon VS Réalité - ©Showtime Networks / ©FoxNews Networks

Cartoon VS Réalité – ©Showtime Networks / ©FoxNews Networks

À chaque nouveau personnage entrant en scène, on ne peut s’empêcher de courir sur son moteur de recherche pour découvrir quelle personnalité se cache derrière cette caricature. Bien souvent ces caricatures tombent très justes.

Un cartoon à risque

Comme le soulignent les producteurs au début du premier épisode à travers la voix du personnage de Donald Trump, le risque est de rendre le président des États-Unis si ridicule qu’il en deviendrait attachant. Et c’est effectivement ce qui semble se produire dès ce premier épisode. Dépeint comme un homme stupide, irresponsable et «manipulé» par ses conseillers, Trump est très largement infantilisé par cette production de la chaîne ShowTime.

Donald Trump, Our Cartoon President - ©ShowTime Network

Donald Trump, cet enfant ! – ©ShowTime Network

En naît ainsi un personnage au caractère assez enfantin et pathétique qui ne peut que faire rire tout en créant chez le spectateur une forme de compassion. Finalement en regardant ce cartoon le spectateur se sentira un peu comme devant un bon nanar. À la fois plein de compassion pour le réalisateur raté et très amusé par la nullité de son film. On se sent à la place plein de compassion pour ce président raté et très amusé par la nullité de ses actions, de ses réflexions et de son mandat.

Avec Our Cartoon President vous passerez inévitablement un bon moment. Que vous soyez ou non spécialiste de la politique américaine, vous rirez devant cette série politisée qui tourne en ridicule le 45ème président des États-Unis. À la fois stupide et attachante, cette caricature de Donald Trump ne semble pas être très éloignée de la réalité. Cette série animée est un appel à la liberté d’expression, mais pas seulement. Our Cartoon President c’est aussi l’illustration de la prise de conscience du peuple américain d’une réalité qui – pour reprendre les mots du président – n’est pas une «Fake News». Le générique de fin sonne alors comme un chant d’auto-conviction pour ces américains qui n’ont toujours pas réalisé que : Donald J. Trump est leur président.

HebdoSono#3 – Lucien & The Kimono Orchestra : France – Japon (2018 – 1980)

Musique
Passant en revue – pour toi lecteur – les albums tout frais Alberte élit chaque dimanche l’album de la semaine entre coup de cœur et avis mitigé. Voyage aujourd’hui dans les années 1980 avec Lucien & The Kimono Orchestra.

Lucien & The Kimono Orchestra. Nul besoin d’aller plus loin pour comprendre que ce quatuor de français va mélanger chanson française et culture japonaise. Et en effet, ils le font à merveille. Lucien & The Kimono Orchestra c’est aussi un mélange de Feu Chatterton! et de l’Impératrice. Ils reviennent aujourd’hui avec leur nouvel album «Horizon» : un nouveau mélange entre chanson française et sonorités des eighties. Lucien & The Kimono Orchestra est un groupe qui se veut en effet très disco avec ses synthés omniprésents. Des rythmes entraînants qui vous rappelleront les meilleures musiques qu’écoutaient vos parents.

On appréciera le mélange des cultures qui se produit à l’écoute de Lucien & The Kimono Orchestra. Nous faisant voyager à travers le temps et l’espace, le groupe français nous emmène de Paris à Tokyo, des années 2010 aux années 1980.

Lucien & The Kimono Orchestra c’est l’illustration d’une nostalgie contemporaine pour les années 1980 et tout l’univers qui s’y rapporte. Lucien & The Kimono Orchestra c’est aussi et surtout la nouvelle petite perle du label Cracki Records. Ils rejoignent ainsi Agar Agar ou encore Isaac Delusion. Une belle rampe de lancement pour le groupe français qui, on l’espère leur permettra de percer comme ils le méritent.

Pourquoi vous devriez regarder Les Bouchers Verts

Cinéma

En 2003 Mads Mikkelsen s’illustrait dans Les Bouchers Verts, un film écrit et réalisé par le danois Anders Thomas Jensen. Retour sur une œuvre pleine d’humour noir qui vous fera passer un bon moment.

Sven et Bjarne, deux bouchers décident de quitter leur employeur pour ouvrir leur propre boucherie. Par une suite de hasards, ils en viennent à vendre à leurs clients de la viande humaine. Qui dit vendre de la viande humaine implique d’en trouver…

Mad Mikkelsen, différent

La première raison pour laquelle vous devriez regarder Les Bouchers Verts est évidemment la présence de Mad Mikkelsen au casting. On connaît désormais son talent d’acteur principalement grâce à son rôle dans la série Hannibal mais avec Les Bouchers Verts on découvre chez lui une grande capacité de variation dans les émotions jouées.

Les Bouchers Verts 2

Nikolaj Lie Kaas et Mads Mikkelsen, Les Bouchers Verts – ©EuropaCorpDistribution

Jouant un personnage fragile qui s’apitoie sur son sort, il n’en est pas moins sans pitié quand l’on en vient à la question de la réussite et de la reconnaissance des autres. On appréciera tout particulièrement son rôle de Sven « la sueur ». Rôle d’un homme mal dans sa peau prêt à tout pour qu’on l’aime, à l’opposé de son rôle de cannibale dans Hannibal.

Un Delicatessen sauce danoise

À l’image du film Des nouilles aux haricots noirs qui faisait fortement penser au cinéma du hasard de Jean-Pierre Jeunet, avec Les Bouchers Verts il vous sera impossible de ne pas penser au désormais culte Delicatessen du même réalisateur. Les Bouchers Verts c’est un peu un Delicatessen sauce Danemark. L’ambiance qui en émane est tout à fait différente de celle que l’on retrouve chez Jean-Pierre Jeunet mais sur le fond il est difficile de passer à côté d’un propos qui est si proche de ceux du réalisateur français.

Delicatessen Les Bouchers Verts

Delicatessen/Les Bouchers Verts, deux visions de la boucherie – ©Miramax/EuropaCorp Distribution

L’ambiance glaciale du cinéma nordique dans ces tons bleus, gris et verts foncés sont en ce sens à l’opposé de ce qu’offre à voir Jean-Pierre Jeunet mais l’idée de hasard est cependant très présente dans ce film d’Anders Thomas Jensen tout comme elle l’est chez M. Jeunet. Comme dans la vraie vie, c’est par une suite de hasards que Sven et Bjarne se retrouvent à vivre de leur vente de chair humaine dont tout le monde raffole.

C’est court mais c’est bon

Le film d’Anders Thomas Jensen dur 1h40 environ. 100 courtes minutes que vous ne verrez pas passer. Pris dans l’aventure de ces deux bouchers, on regarde avec plaisir défiler leur histoire jusqu’au dénouement. L’humour se fait tour à tour grinçant, noir, et enfantin. Sven n’est au fond qu’un enfant au plus profond de lui-même ce qui donne lieu à des scènes assez loufoques – celle de la girafe ou encore la scène finale avec les ballons de plage – . Les deux protagonistes sont d’ailleurs très complémentaires dans les valeurs qu’ils incarnent et on reconnaîtra le très bon jeu d’acteur de Nikolaj Lie Kaas qui interprète deux personnages diamétralement opposés. Bjarne et son frère Eigil qui souffre d’un retard mental.

Les Bouchers Verts

Les Bouchers Verts, scène finale d’exception – ©EuropaCorp Distribution

Mais au-delà de cela, Les Bouchers Verts aborde la question de l’amitié, de la famille et de l’amour. Tous les ingrédients qui, si vous les secouez bien vous donneront un parfait film feel good.

Les Bouchers Verts vous fera passer un bon moment en toute simplicité. Ici le cannibalisme est prétexte à parler de sujets bien plus banals. La reconnaissance d’autrui, l’amitié, l’amour, la famille. En résumé tout ce qui fait que nous somme des êtres humains : la vie en société. Un film feel good façon Delicatessen version danoise où vous verrez Mads Mikkelsen trempant dans sa première affaire de cannibalisme. À voir d’urgence.

Albert Hammond Jr - ©Courtesy Redbuul Records

Hebdosono#2 : Le single d’Albert Hammond Jr annonce du bon

Musique
Chaque dimanche, Alberte te donnes un rendez-vous, musical cette fois-ci ! Passant en revue – pour toi lecteur – les albums tout frais elle élit chaque dimanche l’album de la semaine entre coup de cœur et avis mitigé. Pour ce second Hebdosono, partons à la (re)découverte de l’univers Strokesien d’Albert Hammond Jr avec la sortie de son single Muted Beatings.

Il y a deux jours à peine, Albert Hammond Jr partageait sur Twitter le titre de son nouvel album : Francis Trouble.

La sortie prévue pour le 9 mars prochain n’empêche pas au new-yorkais de partager avec son public un nouveau titre fard : Muted Beatings. Un single qui nous donne un avant-goût du futur album à venir. Un nouvel album solo pour le guitariste de The Strokes qui devrait permettre aux fans de patienter encore un peu avant un nouvel album du groupe new-yorkais. On retrouve dans Muted Beatings et le visuel du nouvel album toute l’énergie et la puissance qu’Albert Hammond Jr et les Strokes partagent. Malgré des sonorités similaires, ce nouvel album d’Albert Hammond Jr devrait être très personnel quant aux thématiques abordées. S’inspirant de sa propre vie, le guitariste et chanteur nous laisse découvrir l’événement qui a marqué sa vie en tant qu’homme mais aussi en tant qu’artiste.

Un titre à écouter de toute urgence et une sortie le 9 mars à ne manquer sous aucun prétexte. Si Alberte garde un seul regret c’est celui-ci : Albert Hammond Jr reste encore trop dans l’ombre du groupe mythique dont il est membre …

Beechwood - ©BradElterman

Hebdosono#1 – Beechwood, entre recherche de soi et efficacité

Musique
Chaque dimanche, Alberte te donnes un nouveau rendez-vous, musical cette fois-ci ! Passant en revue – pour toi lecteur – les albums tout frais elle élit chaque dimanche l’album de la semaine entre coup de cœur et avis mitigé. Pour ce premier Hebdosono, direction NYC avec les garçons de Beechwood.

Un an après la sortie de leur premier album, les New-yorkais de Beechwood font leur grand retour. Avec Songs from the Land of Nod, Beechwood nous livre un album très éclectique. Surfant entre le psychédélisme, la pop sixties et le garage rock, on notera que les dix titres composant cet album n’ont aucune réelle cohérence entre eux. À se fier à leurs looks – la coupe de cheveux à la Noel Fielding du chanteur (diantre !) – on reconnaît également une certaine influence du glam rock. Beechwood se cherche encore mais parvient avec cet album à plaire à tous. Un album rock un brin classique qui fonctionne assez bien malgré tout et qui devrait vous donner sincèrement envie de taper du pied ou de chanter, minimum. Un album sympathique, en somme. Reprenant les Kinks avec I’m not like everybody else ils nous révèlent leur volonté de faire du neuf sans oublier les anciens. Il n’est à n’en pas douter que dans quelques années ils montreront qu’ils ne sont pas comme tout le monde. Leur reste seulement à définir leur propre identité.

 

The Florida Project : la mort de l’American dream

Cinéma

Quelques jours seulement avant Noël 2017, The Florida Project sortait dans les salles en France. Un joli cadeau que nous a fait là Sean Baker, son réalisateur.

The Florida Project c’est l’histoire banale de Moonee et de sa maman, Halley. Moonee a 6 ans et a l’esprit rempli de bêtises à faire avec ses copains du motel dans lequel elle vit. Pendant ce temps, Halley essaye comme elle peut de payer son loyer et de survivre dans cette banlieue proche de Disneyland.

Une Amérique désenchantée

Avec ce film, Sean Baker met en scène une Amérique pleine de désillusions. Cette Amérique qui ne croit plus en L’American Dream. Cette Amérique qui peine à boucler les fins de mois. Cette Amérique qui fume la vie pour qu’elle soit plus courte. Cette dure réalité se heurte aux décors acidulés qui correspondent assez bien à l’image pleine d’excentricité que l’on se fait des États-Unis.

The Florida Project 1 - ©Le Pacte

Une nation rêvée mais qui comporte aussi son lot de déchus qui se battent chaque jour pour survivre, à quelques kilomètres seulement de Disneyland. Visuellement, Sean Baker nous livre un film remarquable et crée un contraste permanent entre les faits et les lieux dans lesquels ils se déroulent. Un fort contraste est également dépeint entre les habitants du motel et les autres personnages. Personne ne semble comprendre leur vie. Les touristes viennent ici pour Disneyland qui incarne le rêve à l’américaine et ne comprennent pas ces gens qui se nourrissent parfois grâce à des aides caritatives. Cachez cette pauvreté que je ne saurais voir !

Enfants dans un monde enfantin

Dans ce décor enfantin, le réalisateur nous fait suivre le quotidien de Moonee, une fillette de 6 ans plutôt du type sale gosse. Moonee est farceuse et déjà si jeune semble avoir compris un bon nombre de choses sur la vie. Elle possède un sens aigüe des notions d’argent, de sexualité et de violence. Elle semble avoir perdue cette forme d’innocence liée à l’enfance et pourtant continue de vivre sa vie avec ses copains au sein du motel. Elle rêve d’or au bout de l’arc-en-ciel et est prête à tabasser le Leprechaun qui se trouve en son bout.

The Florida Project - ©Le Pacte

Sean Baker par le biais de l’image et des dialogues ne cesse de nous rappeler que malgré la vie qu’elle mène, Moonee reste une enfant. Il en est de même de sa mère, Halley, une jeune femme assez irresponsable qui s’apparente plus à une copine qu’à une mère – avec le lot d’interdictions qui vont avec -. Elle a perdu le contrôle de sa vie qui se résumerait facilement en trois mots : pyjama, weed et sexe. Mais le personnage de Halley n’en reste pas moins attachant. Infantilisée par Bobby, le gérant protecteur, elle devient à son tour une enfant aux yeux du spectateur.

Un casting remarquable

Ce qui fait aussi la grande réussite de The Florida Project c’est son casting exceptionnel. Composé de beaucoup d’acteurs méconnus, il se révèle très convaincant et dépeint avec crudité la réalité des banlieues américaines. Brooklyn Prince, la jeune actrice qui joue le rôle de Moonee est, à ce titre, une véritable révélation. Parfaite dans son rôle d’enfant farceur, elle n’en est pas moins attachante.

The Florida Project 4 - ©Le Pacte

Son jeu est touchant de sincérité et pour les plus émotifs d’entre vous, elle parviendra peut-être même à vous tirer une larme. Une jeune actrice à surveiller de près. Nous devrions à nouveau entendre parler d’elle dans les années à venir. Nous noterons également la performance de Willem Defoe qui joue à merveille le rôle du gardien paternaliste protecteur mais qui n’en reste pas moins indulgent. Vraiment, très attachant.

Une fiction documentaire

Avec The Florida Project, Sean Baker réalise un quasi documentaire. Certes, l’histoire n’est pas inspirée de faits réels. Mais la sincérité des acteurs mêlée à l’absence de bande son extra-diégétique met en évidence une réelle volonté de réaliser un film usant des codes du documentaire.

The Florida Project 3 - ©Le Pacte

À la façon de The We and The I sorti en 2012, ce film est fortement réaliste est le réalisateur partage avec le spectateur une histoire qui, on le sait, pourrait être plausible. Une sorte de fiction documentaire sur cette première année du mandat de Donald Trump. Une façon de montrer ces déchus qui ont perdu tout espoir de rendre l’Amérique belle est puissante à nouveau.

Avec The Florida Project, Sean Baker signe un des meilleurs films de l’année 2017. Un film qui déclare la mort de l’American dream mais qui se termine malgré tout sur une note d’espoir et d’insouciance. Un film qui incarne à lui seul la première année du mandat de Donald Trump.

Des nouilles aux haricots noirs : feel good absurde

Cinéma

En 2009 le sud-coréen Hae-jun Lee réalise Des nouilles aux haricots noirs. Un film feel good qui parle de la solitude, de la maladie et de la rémission par l’amour.

Tentant de se jeter d’un pont, Kim Seong-geun se retrouve finalement sur l’île de Bamseom. Ayant survécu, il décide de rester sur l’île et d’apprendre à survivre, seul sur cette île déserte. Nous suivons alors les aventures de ce Robinson Crusoé des temps modernes et découvrons avec lui les moyens qu’il aura à disposition pour survivre. Mais ce dont il rêve le plus ce sont des nouilles aux haricots noirs…

Hae-Jun Lee, scénariste et réalisateur

Hae-Jun Lee signe ici son second film à la réalisation et au scénario et qu’en dire mis à part que c’est un véritable chef-d’œuvre ? Il nous livre un film rafraîchissant et convaincant tant sur le fond que sur la forme. Il y aborde la question de la solitude mais questionne aussi nos modes de vie urbains. En effet, il crée un fort contraste entre la ville – à quelques coups de rames seulement – et l’île déserte où le corps de Kim a fait naufrage.

CASTAWAY ON THE MOON 2 -  ©Banzakbanzak Film Production

Esthétiquement cela donne lieu à des plans très surprenants et à l’aspect organisé et imposant de la ville qui grouille s’oppose la désorganisation sauvage et la solitude liée à l’île. Un fort contraste qui permet de se demander quel est l’impact de nos vies citadines sur la nature environnante mais aussi de se demander comment nous survivrions sur une île véritablement déserte, qui ne serait pas souillé par les déchets que nous produisons. La vie sauvage, la vraie.

castaway-on-the-moon-3 -  ©Banzakbanzak Film Production

La ville est donc à la fois éloignée et toujours présente à travers les traces qu’elle a laissée sur l’île et même dans sa solitude, Kim est entouré par les déchets produits par sa société qui vont lui permettre malgré tout de s’en sortir.

 Une œuvre poético-absurde

C’est avec un ton légèrement décalé que le réalisateur aborde la question de la solitude et Des nouilles aux haricots noirs, hormis son titre, contient quelques trouvailles qui auront le mérite de vous faire sourire, voire rire franchement. À ce titre, nous noterons le talent des deux protagonistes très convaincants dans leurs rôles respectifs d’homme suicidaire qui retrouve goût à la vie et de femme souffrante qui va peu à peu se muer en une femme heureuse, tout simplement.

CASTAWAY ON THE MOON 4 -  ©Banzakbanzak Film Production

Les jeux de ces deux acteurs sont cohérents une fois combinés l’un à l’autre et laissent entrevoir une histoire d’amour pas comme les autres. Une histoire d’amour à eux. Avec une grande part de moments saugrenus. De ce film émane un grand potentiel poétique et humoristique qui sur certains aspects rappelle les réalisations de Jean-Pierre Jeunet. Une comparaison plutôt élogieuse mais que Hae-Sun Lee mérite amplement en vue du travail sur le scénario.

CASTAWAY ON THE MOON 5 -  ©Banzakbanzak Film Production

Mélangeant le banal et le peu banal, il crée la surprise et transporte le spectateur bien loin de son propre quotidien. Sensation « feel good » assurée à la fin du visionnage !

Hae-Sun Lee signe avec Des nouilles aux haricots noirs un film feel good parsemé d’idées plus ou moins saugrenues qui en font une œuvre à la fois absurde et poétique. Abordant la question de la solitude mais aussi de la rencontre amoureuse, c’est un savant mélange du Fabuleux destin d’Amélie Poulain et de Seul au monde. Le réalisateur y réemploi tous les codes liés aux films de survie et aux films romantiques tout en y injectant un brin de folie qui le rend unique et surprenant. Une œuvre qui donne envie d’en apprendre plus sur le cinéma sud-coréen mais aussi et surtout sur la carrière du jeune Hae-Sun Lee !