En 1998, Neverwhere de Neil Gaiman était publiée en France. Un livre majeur de la littérature de l’imaginaire anglaise qui est aussi la première œuvre d’urban fantasy traduite en français.

Richard Mayhew vit à Londres une vie plutôt banale, voire ennuyeuse. Jusqu’au jour où le fantastique va surgir dans sa vie pour le mener vers des aventures totalement imprévues.

Richard Mayhew, ce british si attachant

Attention, en prenant ce roman vous vous exposez à un grave danger : celui de vous attacher plus que de raison à un personnage de fiction. Effectivement, il est impossible de ne pas s’attacher dès le début au protagoniste : Richard Mayhew. Beaucoup de maladresse, un peu de loose et un caractère légèrement phobique, voilà la recette parfaite qu’a trouvéé Neil Gaiman pour nous hypnotiser à travers le personnage de Richard.

Ils étaient vêtus de costumes noirs, légèrement crasseux, légèrement usés, et même Richard, qui se classait au nombre des dyslexiques de la mode, sentit que la coupe en était un peu curieuse.

Au fil de ce roman presque initiatique, Richard apprendra finalement à devenir maître de sa vie et de ses choix et se révélera aux yeux de tout le Londres d’En bas comme un homme respectable. Si vous deviez lire ce roman pour un personnage, ce serait probablement pour Richard parce qu’il est le stéréotype même du personnage britannique. Les autres personnages sont, eux, loin d’être marquants. Mis à part peut-être M.Croup et M.Vandemar, les antagonistes qui marqueront le lecteur dans un tout autre registre.

Neil Gaiman, piquant

Mais Neverwhere ce n’est pas qu’un simple roman de divertissement. Au-delà de personnages sympathiques, d’un univers et d’une histoire originale, Neverwhere est aussi une œuvre qui porte un message fort. Les gens du Londres d’En bas sont en effet invisibles aux yeux de ceux du Londres d’En haut. Neil Gaiman dépeint métaphoriquement nos sociétés contemporaines. Les mendiants, les gens de la rue sont, aux yeux des citadins totalement invisibles, tout comme les gens du Londres d’En bas le sont à ceux du Londres d’En haut.

L’homme était assis sur un pas de porte. Il avait une barbe jaune et gris, des yeux caves et sombres. Une pancarte rédigée à la main pendait autour de son cou à un bout de ficelle effilochée et lui barrait la poitrine, annonçant à quiconque avait des yeux pour lire qu’il était sans abri et qu’il avait faim. Nul besoin d’une pancarte pour s’en apercevoir. Richard, la main déjà plongée dans la poche, chercha une pièce.

À travers le personnage de Richard, il nous fait vivre la vie de ceux d’En bas. Les invisibles. Richard se retrouve dans un Londres d’En Haut qui lui paraît si familié et pourtant, personne ne semble remarquer sa présence. Neverwhere c’est donc aussi un roman qui fait réfléchir à une grande question sociétale : celle de la place des mendiants et des plus démunis dans notre monde.

Une œuvre cinématographique

Dès les premiers pages ce qui aura forcément percuté l’œil du lecteur c’est la capacité qu’a Neil Gaiman de nous transposer dans un tout autre univers. Sa plume entremêlant descriptions, dialogues et pensées du protagoniste est remarquable car elle nous donne à voir l’histoire de Richard Mayhew. Par là il faut comprendre que son écriture déroule l’histoire sous nos yeux comme si c’était un film. Chaque nouvelle phrase est comme une nouvelle séquence mettant en scène ses personnages. On visualise chacun de leurs mouvements, de leurs positions et expressions dans des décors qui, s’ils sont parfois peu glamour, font briller nos jolis yeux de lecteurs.

La salle à manger de Serpentine se situait apparemment sur le plus petit quai de métro que Richard ait jamais vu. […] Une nappe de damas blanc et un service d’argenterie de cérémonie la couvraient. Un métro passa à quelques mètres d’eux. L’air qu’il fit en se déplaçant souffleta la table. Le vacarme de son passage plongea dans la tête de Richard comme un couteau chauffé dans de la cervelle. Richard gémit.

C’est un peu comme si, en temps réel nous étions avec eux, dans le Londres d’En-bas à les observer en cachette. Mais ce sentiment de « littérature cinématographique » est loin d’être surprenant lorsque l’on sait que Neverwhere est adapté d’une série scénarisée elle aussi par Neil Gaiman. Habituellement l’adaptation va plutôt du roman à la série mais ici, c’est l’inverse. Fait étonnant pour une œuvre tout aussi étonnante.

 

 

Avec Neverwhere, Neil Gaiman livre un roman à l’univers et aux personnages singuliers. À travers son écriture très cinématographique, Neil Gaiman nous transporte dans ce monde qu’il a créé et nous fait nous questionner sur la place de la pauvreté dans nos sociétés contemporaines. Malgré une fin assez attendue, Neverwhere rempli son contrat et va même au-delà puisqu’il est à la fois divertissant et fait se questionner le lecteur. Reste seulement à voir la série originelle. En espérant qu’elle soit au même niveau que l’adaptation littéraire.


Cet article a été écrit dans le cadre du Challenge ABC Imaginaire.

ABCImaginaire2018

Organisé par la blogueuse littéraire MarieJuliet. Le principe en est simple :

Lire 26 livres entre le 1er janvier et le 31 décembre 2018, en respectant le principe « une lettre, un auteur ». Il faut choisir un auteur de l’Imaginaire (Fantasy, fantastique, Science-Fiction, Bit-lit, Dystopie, Steampunk,… etc.) pour chaque lettre de l’alphabet.

7 commentaires sur « Neverwhere : et l’urban fantasy fut »

  1. C’est avec ce livre que j’ai vraiment découvert Neil Gaiman ! Je l’ai vraiment adoré ! Je n’ai pas encore vu la série, est-ce qu’elle sera aussi géniale que le livre ? Je crois que c’est la peur d’être déçue qui me fait repousser le visionnage… Comme pour celle de Jonathan Strange et Mr Norrell d’ailleurs.

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